1929 - 2009. Il est aujourd’hui de bon ton, dans les médias occidentaux en général, de pointer du doigt les incroyables similitudes, sans d’ailleurs vraiement définir lesquelles, qui existent indubitablement entre la crise américaine de la première moitié du XXe siècle et celle que le monde traverse aujourd’hui. Le film de William Karel prend acte de cette filiation, de cette analogie, tout en s’en démarquant quand cela est nécessaire, et offre un documentaire résolument didactique, accessible au plus grand nombre. Grâce aux interventions d’intervenants prestigieux et pédagogues (Joseph Stigliz, Bernard Grazier, Daniel Cohen ou encore Howard Zinn), c’est toute la mécanique qui conduisit au fameux jeudi noir du 24 octobre 1929, au plus important krach boursier de l’histoire, qui est ici décryptée et analysée en détails.
Constitué de deux parties (1 / La crise et 2 / La grande dépression), ce film montre l’emballement, à partir de la moitié des années vingt, d’un marché financier bientôt déconnecté de l’économie réelle et les risques insensés pris par les banques prêtant sans garantie à une middle class américaine convaincues de l’infaillibilité d’un système jusqu’ici si prospère. Tout cela sonne de façon très prégnante à nos oreilles contemporaines.
Mais c’est aussi l’incurie du président Hoover et de son administration qui est encore mise en exergue : considéré comme responsable de l’aggravation de la situation nationale, par son inaction, et de la propagation des difficultés en Europe, par le rapatriement des capitaux américains placés en Allemagne notamment, Hoover fut proprement balayé par le démocrate Roosevelt. Tous les aspects de ce qui allait devenir la grande dépression, qu’ils soient économiques, politiques ou encore sociaux, sont donc ici envisagés. L’ampleur du mouvement de contestation et de la répression des grèves est bien rendue grâce à des archives méconnues.
C’est aussi la question du mythe qu’interroge les réalisateurs de ce documentaire : celui des suicides des courtiers et des banquiers, finalement pas si nombreux ni si spectaculaires que cela ; celui des photographies de Walker Evans, de Dorotea Lange et de leurs imitateurs au service de la construction d’un tragique fantasmé ; celui, enfin, d’un New Deal rooseveltien pas aussi efficace que ne pourrait le laisser croire l’imaginaire collectif américain et européen. C’est effectivement plutôt la politique de réarmement qui survient à partir des années 1936/1937 qui explique le retour au plein emploi.
Passionnant à plus d’un titre, le travail de William Karel s’avère également très convaincant à une exception près. Si la crise accentue, il est vrai, les difficultés de l’Europe dans son ensemble et de l’Allemagne en particulier, si celle-ci participe indéniablement à la progression de l’audience des nationaux-socialistes au sein de la population, et principalement de la classe moyenne allemande, il apparaît audacieux d’attribuer aux seules difficultés économiques l’accession d’Hitler au pouvoir. Celle-ci repose en effet sur de multiples facteurs et échappe de fait à une explication simple, voire simpliste.
Quoiqu’il en soit, ce film doit être vu au moment où nous « fêtons » le 80e anniversaire du « Jeudi noir ». Le spécialiste, comme le profane, y trouvera à n’en pas douter son compte tant sont intéressants le sujet et son approche.
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