23 août 1939 : conclusion du pacte de non-agression entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique. 3 septembre 1939 : à la suite de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France lui déclarent la guerre, ouvrant le second conflit mondial. Ce sont ces dix jours d’agonie de la paix qui font ici l’objet du petit ouvrage de l’historien Richard Overy, auteur de remarquables travaux méritant assurément leur traduction française (l’on songe en particulier à Why the Allies won, sur les potentiels industriels et militaires des belligérants). Cette décade où le destin paraît encore hésiter, de même qu’hésitent Hitler, Chamberlain, Daladier, quant à la conduite à tenir.
Il est vrai que la situation paraît inextricable. Hitler a résolu de pulvériser la Pologne, au nom de sa doctrine de l’Espace vital, et se sert du prétexte offert par la présence d’une minorité allemande dans le corridor de Dantzig pour justifier la guerre. Chamberlain, de son côté, est soucieux de préserver la paix, mais refuse catégoriquement d’avaliser une agression hitlérienne et a offert son appui aux Polonais. Daladier et les ministres français sont en revanche moins raides, mais leurs généraux leur garantissent, bien imprudemment, que l’armée est prête, allégation rappelant le fâcheux « Il ne manque pas un bouton de guêtre » du Ministre de la Guerre de Napoléon III à la veille de la désastreuse guerre franco-prussienne de 1870. Or, dans les jours qui précèdent l’attaque de la Pologne, Hitler réalise que Mussolini le lâche, que l’Angleterre persiste dans son attitude de fermeté. Le pacte de non-agression conclu avec le Kremlin n’a pas encore été ratifié. Faut-il alors poursuivre ? En Angleterre, le questionnement demeure le même. L’on reproche à Chamberlain d’avoir accordé un « chèque en blanc » à la Pologne, qui permet à cette dernière de se montrer intransigeante sur la question de Dantzig. Ne faudrait-il pas se montrer plus malléable ?
A cet égard, souligne Richard Overy, la décision de Hitler de reporter l’invasion de la Pologne, prévue pour le 26 août, à la date du 1er septembre 1939, pourrait avoir été décisive. Elle témoigne d’une attitude brouillonne que l’historien croit déceler chez le dictateur allemand. Surtout, elle incite le gouvernement britannique à ne pas céder sur la Pologne. De fait, le monde occidental croit de plus en plus à un bluff, et l’attaque du 1er septembre le prend finalement au dépourvu. Prisonnières de leur politique, désireuses de rompre le diabolique enchaînement du désordre ambiant, la Grande-Bretagne et la France s’engagent donc dans un conflit pour lequel elles ne sont guère préparées - l’Allemagne, contrairement à la légende, ne l’étant guère davantage.
Bref, pour Richard Overy, la Deuxième Guerre Mondiale semble avoir résulté d’une série d’erreurs de calcul : sous-estimation par Hitler de la fermeté britannique, sous-estimation par les Britanniques et les Français de sa volonté d’en finir avec la Pologne. En cela, la démonstration semble discutable. L’historien peine à s’apercevoir que Hitler, loin d’être hésitant, joue au contraire un jeu habile, alternant menaces et concessions, de manière à se faire passer pour plus faible et irrésolu qu’il n’est. Contrairement à l’opinion d’Overy, qui rejoint certes un courant majoritaire d’historiens (mais majorité n’est pas synonyme de vérité), il est plus probable que le Führer, conformément à son programme exposé dans Mein Kampf (ouvrage fondamental qui n’est même pas étudié dans le présent livre), a au contraire recherché l’affrontement avec l’Angleterre et la France, pour éliminer, après l’invasion de la Pologne, leur force militaire, les contraindre à la paix, et avoir les mains totalement libres à l’Est. En laissant la Grande-Bretagne durcir le ton, il lui verrouille toute porte de sortie vers la paix. Ses apparentes hésitations ne sont ainsi que poudre aux yeux, qui présente de surcroît l’avantage de le faire passer pour un homme d’Etat réticent à partir en guerre.
En d’autres termes, le livre de Richard Overy, excellent par endroits (en ce qu’il tient notamment compte du poids de l’opinion publique à l’Ouest, et de la tension nerveuse supportée par les dirigeants des futurs pays belligérants) commet le même impair que les politiciens britanniques et français de 1939 : il prend au premier degré chaque geste de Hitler, de manière à sous-évaluer son fanatisme guerrier. Il n’en demeure pas moins un ouvrage très renseigné, narrativement réussi, sur la crise diplomatique du siècle.
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