Le sujet des négociations menées pendant la guerre par les nazis avec les Alliés, occidentaux comme soviétiques, est malheureusement méconnu. Il n’est pourtant pas dépourvu d’intérêt, dans la mesure où il illustre les méandres de la diplomatie des belligérants, en particulier du côté de Berlin et Moscou. Les historiens ont, d’ailleurs, trop souvent tendance à voir, chez ces approches allemandes, des initiatives isolées, émanant de la Résistance antinazie ou du cénacle de Himmler, lequel aurait joué double-jeu, ce qui est pourtant hautement invraisemblable. Le rôle de Hitler, en particulier, est mal cerné, nombre de survivants S.S. de la débâcle ayant tendance à dissimuler qu’ils obéissaient peut-être à ses instructions lorsqu’ils ont cherché à arracher la paix aux Alliés (Wolff, Schellenberg).
Le livre du journaliste polonais Boguslaw Woloszanski nous apporte-t-il, enfin, des réponses ? Oui et non. Il convient, à ce stade, de préciser que l’auteur est une célébrité en Pologne, où son statut de vulgarisateur historique lui a valu plusieurs prix et récompenses, à la manière d’Alain Decaux de par chez nous. Ses ouvrages ne sont, de fait, pas utilisables par le chercheur, faute de mention de source - et celui-ci ne fait hélas pas exception à la règle. M. Woloszanski accorde également, dans La guerre secrète d’Hitler, du crédit à quelques hypothèses manifestement saugrenues (telles que l’intervention d’un sosie de Rudolf Hess, l’adjoint de Hitler parti en Grande-Bretagne en mai 1941), sans faire preuve de rigueur. Plus discutable encore, l’auteur procède à des reconstitutions de conversations, procédé discursif certes connu, mais peu recommandé en la circonstance, même si le style, romanesque, dope facilement le rythme de lecture.
L’ouvrage, malgré ses imperfections (liées, précisément, à une intention vulgarisatrice), n’en comporte pas moins certaines qualités. Plusieurs révélations sont apportées, du moins à condition de les vérifier. Mieux encore, l’auteur reconnaît à Hitler d’avoir mené une politique militaire et diplomatique cohérente, cherchant à fédérer derrière lui les Anglo-Saxons contre l’Armée rouge, ce qui explique bien des décisions qualifiées hâtivement d’erreurs militaires, telles que l’offensive des Ardennes en 1944. De ce point de vue, Boguslaw Woloszanski va bien plus loin que quantité d’honorables universitaires - et en premier lieu Ian Kershaw - pas assez attentifs au jeu hitlérien.
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