Le fameux "Jour le plus long" a fait l’objet de tant d’exposés historiques et d’adaptations cinématographiques qu’il était facile au néophyte de perdre le fil des événements, et surtout d’en oublier le contexte et l’impact sur la suite du conflit... et de l’après-guerre. En un sens, le 6 juin 1944 a été victime de sa notoriété ! A trop connaître les exploits des libérateurs, la réaction des défenseurs, le public en venait à presque à ne plus sortir de la sacralisation mémorielle dont les commémorations du 50e anniversaire du Débarquement constituent - à l’heure du génocide rwandais - l’apogée, et en oubliait les origines, de même que ses enjeux.
A ce titre, trois historiens parmi les plus reconnus de la période, à savoir Jean-Pierre Azéma, Philippe Burrin, et Robert Paxton, nous offrent cette synthèse aussi vivante que concise, de nature à remettre en perspective cet événément, capital certes mais dont on ignore généralement les ramifications. Les obstacles diplomatiques et militaires rencontrés par les Alliés dans la conception des plans d’attaque, la stratégie allemande, fondée sur l’attente impatiente d’un débarquement pour mieux le repousser et, du même coup, infléchir le cours de la guerre, mais aussi le rôle de la Résistance, ou encore les lamentables calculs d’un Vichy en bout de course, bref les espoirs des uns, les inquiétudes des autres, le tout dans une époque de violence généralisée, autant de points abordés avec l’attention qu’ils méritent... et l’intérêt qu’ils suscitent ! Ne sont pas pour autant négligés les aspects tactiques, ou techniques, ni l’affrontement des services de renseignements, ce qui nous offre une meilleure perception - quoique synthétique - des manoeuvres anglo-saxonnes d’intoxication de l’ennemi de manière à lui faire croire à un assaut amphibie du Pas de Calais. La suite militaire et politique, internationale et franco-française, des opérations, est également exposée.
Les auteurs ne s’arrêtent toutefois pas à la victoire alliée, et s’interrogent sur le sens et la portée à attribuer au débarquement de Normandie, notamment en termes d’enjeux mémoriels. Le fait que les Allemands aient longtemps qualifié l’événement d’"invasion", par exemple, est en soi révélateur, quoique les analyses d’opinion révèlent que l’Allemagne considère le 6 juin 1944 comme une entreprise de libération de l’asservissement nazi de l’Europe. Le débarquement, en France, a été affublé d’un D majuscule, tandis que les Anglo-Saxons se limitent, le plus souvent, à l’expression D-Day. Fait significatif, l’imaginaire collectif a retenu l’action des seuls soldats américains, alors que les Britanniques et les Canadiens ont fait plus que remplir leur part du contrat. Autant de controverses, autant de symboles aussi, qui font l’objet de commentaires pertinents.
Cette petite synthèse a ainsi le mérite de satisfaire, on peut le supposer, le profane, et permettra aux spécialistes de la question de découvrir que la guerre ne s’est pas limitée aux plages normandes du 6 juin 1944. A tous points de vue, le débarquement de Normandie a des origines, une histoire, une mémoire.
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