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Abraham Lincoln

L’homme qui sauva les Etats-Unis

Bernard Vincent

Le Président Abraham Lincoln jouit encore, à l’heure, actuelle, d’une popularité incontestée aux Etats-Unis. « Père de la Nation », « Grand Emancipateur », il fait partie des grands hommes d’Etat de la légende américaine, son portrait ayant même été gravé sur la face du mont Rushmore. Son assassinat par l’acteur esclavagiste John W. Booth en 1865, à peine quelques jours après la reddition de la Confédération sudiste, va paradoxalement accentuer une légende née des tourments de la Guerre de Sécession. Depuis, Lincoln incarne les vertus de l’Amérique - foi dans les idéaux démocratiques, désintéressement, générosité, optimisme, sens du compromis, ténacité devant l’adversité -, image qu’a confortée le cinéma américain, de David Griffith à John Ford, d’Anthony Mann à bientôt Spielberg.

Difficile, dans ces conditions, de démêler le vrai du faux, d’autant que le meurtre de cette personnalité a elle-même suscité bien des théories de la conspiration, à hauteur de sa stature. C’est que, malgré tout, Lincoln n’en a pas moins suscité, de son vivant, polémiques et controverses. Ses positions sur l’esclavage ont ainsi été contestées : pas assez contre, ou trop sévère, a-t-on dit. Ne s’est-il pas laissé aller à des considérations témoignant de son racisme envers les Noirs ? N’a-t-il pas commis bien des erreurs dans sa gestion politique de la Guerre de Sécession ? D’aucuns se sont même laissés aller à prétendre qu’il était homosexuel, à partir d’anecdotes hâtivement montées en épingle.

Sa biographie que livre au public français l’historien Bernard Vincent permettra ainsi de dresser un bilan historiographique sur cette figure de proue des Etats-Unis. L’auteur nous offre le portrait d’un Lincoln en phase avec son époque. D’origine très modeste, Lincoln apprend la vie à la dure, multiplie les petits boulots, avant de pouvoir devenir avocat en 1836. Quoique ravagé par une dépression qui ne le quittera jamais, frappé à plusieurs reprises par des tragédies personnelles, il se révèle brillant : grand travailleur, grand orateur, il perce vite dans les milieux politiques, même s’il essuie plusieurs échecs. Il sait toutefois apprendre de ses mécomptes, et tirera profit de ses différents affrontements politiques avec le sénateur Stephen Douglas. Lincoln se signale ainsi grâce à ses prises de position sur l’esclavage, l’une des grandes problématiques de l’époque. Hostile par principe autant que pragmatisme à « l’institution particulière », il aimerait que les Noirs reprennent leur liberté pour pouvoir retourner massivement en Afrique, mais sera trop lucide pour estimer ce « rêve » réalisable... et considérer que le Sud acceptera aussi facilement l’émancipation. Bref, nous avons affaire à un pragmatique, parfaitement conscient des réalités de son époque, et adepte, en ce sens, d’un changement en profondeur certes, mais sur la longue durée, si possible avec le consentement des sudistes.

L’élection de Lincoln à la magistrature suprême met toutefois le feu aux poudres et pousse les Etats du Sud à proclamer leur rupture avec l’Union. Il faudra quatre ans de guerre atroce pour les reconquérir. Lincoln, de son côté, va radicaliser ses prétentions, quoique par petites touches. Il revendique également la réconciliation avec le Sud. Son prestige est alors considérable, à l’égal de George Washington : il a, en effet, su maintenir l’unité nationale, mais sans renier ses idéaux, même si les libertés civiles ont été réduites en temps de guerre. Mais l’homme du compromis, qui n’a pas pu se faire comprendre des rebelles du Sud en 1861, se heurtera une fois de plus au fanatisme, celui d’un acteur de théâtre fantasque et pro-sudiste qui lui logera une balle dans la tête le 14 avril 1865.

Si la mort de Lincoln ouvre la voie aux Républicains radicaux, et entamera quelque peu ses intentions initiales de compromis sur ses conquêtes, elle met également fin à toute polémique sur sa personne. Le traumatisme qui frappe les Etats-Unis réunifiés, au Nord comme au Sud, et qui s’étend d’ailleurs à l’étranger, révèle d’emblée la gravité de la perte que vient de subir cette nation exsangue. Dans la splendeur émouvante des funérailles nationales qui sont offertes au premier chef d’Etat américain assassiné, la légende s’empare du défunt pour le propulser au rang - mérité - des grands hommes de l’Amérique. Il est dommage, à ce titre, que l’étude de Bernard Vincent, qui s’attache également à décrire la vie privée (tourmentée, car marquée par la neurasthénie) de Lincoln, ne s’attarde pas sur le souvenir laissé par Lincoln dans la mémoire collective américaine. Il n’en demeure pas moins que, grâce à cette biographie, l’on réalise à quel point le mythe et la réalité sont, s’agissant du « vieil Abraham », liés.

Nicolas Bernard

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Titre : Abraham Lincoln. L’homme qui sauva les Etats-Unis
Auteur : Bernard Vincent
Editeur : Editions L’Archipel
Nombre de pages : 425
Publication : février 2009
Prix : 22 €
ISBN : 978-2809801224

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