Si la construction concrète de l’Europe n’est pas survenue avant la fin des années cinquante, l’inspiration qui se trouve à l’origine de l’institutionnalisation et de l’unification du continent européen se situe, elle, bien en amont. Dans le contexte de ce long cheminement intellectuel - dont les racines plongent jusqu’à l’époque moderne - les années de l’entre-deux-guerres prennent une place toute particulière tant l’aboutissement de certains projets européistes a pu, un temps, sembler proche aux contemporains ; intellectuels, décideurs politiques ou encore acteurs associatifs.
Cet ouvrage de J.-L. Chabot a d’abord été l’objet d’une thèse de doctorat d’Etat en Sciences politiques, soutenue en 1978. Malgré l’important décalage chronologique séparant la soutenance de sa publication, la validité des démonstrations de l’auteur n’a que peu souffert des importants progrès de l’historiographie, réels depuis une vingtaine d’années.
La première partie du livre s’intéresse aux différents projets ainsi qu’aux nombreux animateurs du courant européiste. Souvent méconnues, si l’on excepte le célèbre projet Briand du début des années trente, ces initiatives frappent le lecteur par leur modernité, leur audace et leur ambition. Aspects techniques et politiques cohabitent effectivement souvent en bonne intelligence et sont le fruit de réflexions d’envergure qui donnent à voir la vitalité de l’idée européenne chez les élites européennes de ces années.
Mais au delà de ces passionnantes considérations factuelles, M. Chabot s’intéresse également à celles relatives à la définition du champ de l’idée. Certains développements, notamment ceux qui touchent au lien entre européisme et idéologie, ceux qui insistent sur l’appartenance politique de l’européisme, ou encore ceux qui traitent de sa dimension mystique restent novateurs et particulièrement pertinents.
La sévère conclusion de l’auteur, enfin, vient appuyer - s’il le fallait encore - le constat général de l’échec des défenseurs de l’idée d’Europe unie dans les années vingt et trente. En effet, l’intellectualisme qui imprégnait leur stratégie s’est heurtée à la vigueur des nationalismes du temps, certains - eux - de l’appui relatif d’une frange non négligeable des opinions publiques. En ce sens, les expériences de l’entre-deux-guerres viennent fort à propos nous rappeler que l’Europe - pour aussi technocratique qu’elle soit - n’a pu et ne pourra donc se construire sans le consentement des peuples, fut-il minime.
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