De 1945 à 1989, Berlin, ancienne capitale de la Prusse, puis de l’Allemagne, a subi de plein fouet les conséquences de la rupture entre les Alliés occidentaux et l’Union soviétique. Divisée en quatre secteurs d’occupation (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie communiste), la ville devient l’un des épicentres de la Guerre Froide, puisque vite scindée en deux morceaux, l’Ouest, composé des trois premières zones, et l’Est, qui a échu à Staline. Bref, deux mondes s’affrontent dans une seule ville. L’édification du Mur par la R.D.A. en 1961, censé mettre un terme à la fuite des Allemands de l’Est vers la République fédérale, consacre cette scission. De fait, Berlin-Ouest inquiète le régime est-allemand. Cette vitrine du capitalisme occidental attire les regards de la population, et oblige la R.D.A. à essayer de rénover le côté oriental de la ville, sans grand succès...
Comme le révèle le titre du livre, à la fois recueil de souvenirs et exposé historien, de la journaliste Jacqueline Hénard, Berlin-Ouest a bien été une « île allemande » au milieu d’une dictature, ce qui ne sera pas sans impact sur son apparence immobilière, ni ses habitants. L’attitude des occupants occidentaux, ainsi que leur perception - évolutive - par la population, qui initialement n’appréciait guère la présence des « vaincus » français, fait l’objet de remarques pertinentes, établissant que la zone occidentale a pu, parfois, embarrasser le « monde libre », ce qui explique l’absence de réaction ferme à la construction du Mur. Mme Hénard relate également la vie quotidienne d’une ville qui saura, à coup de généreuses subventions non dépourvues d’arrière-pensées propagandistes de la part de Bonn, se reconstruire, puis devenir le plus grand centre industriel et économique de la République fédérale. Non sans générer, au demeurant, des inégalités, en particulier chez la communauté d’origine turque, qui finira par composer 10 % de la population locale, et sera soumise à une réelle xénophobie. Des quartiers pauvres vont ainsi le rester.
Berlin-Ouest n’en finit pas moins par acquérir une identité propre, à la fois « Ville de Front » et épine douloureuse plantée dans le cœur du système des pays satellites de l’U.R.S.S., et sur fond de mauvaise conscience liée à la quasi-disparition de la communauté juive pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Et ce alors que son miroir inversé, Berlin-Est, s’étiole jour après jour, jusqu’au dernier chapitre du livre où nous assistons à l’effondrement du Bloc de l’Est, et du Mur qui l’incarne. L’ouvrage de Mme Hénard, documenté et touchant, ramène ainsi à la vie une époque pas si lointaine où l’absurdité de la Guerre Froide avait abouti à casser en deux un peuple et sa capitale.
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