André Karkas ne s’y attendait pas, et pourtant l’évidence lui éclatait au visage : « une révolution naissait sous mes yeux. » Ce jeune journaliste chargé de rédiger les articles consacrés aux relations étrangères se retrouvera ainsi aux premières loges de la crise hongroise de 1956, trois ans après la mort clinique de Staline, quelques mois après sa mort idéologique sous les coups du Rapport secret du XXe Congrès du Parti communiste de l’URSS. De l’insurrection révolutionnaire à son écrasement par les chars soviétiques, Farkas nous livre ici un témoignage tour à tour poignant et cocasse, féroce et généreux.
Mais à ce compte rendu de choses vues et vécues s’ajoute une pertinente analyse des facteurs ayant conduit à la naissance et au dénouement de cette tragédie. Aux chroniques déjà publiées pour le cinquantième anniversaire de l’insurrection, Farkas y ajoute une réflexion personnelle issue de son expérience propre, mais aussi de ce qu’il a pu en apprendre par la suite, notamment suite aux levées d’archives.
Des héros, il y en a : une jeunesse aspirant à une plus grande liberté, des politiciens et des militaires hongrois bercés par l’espoir du changement. Des crapules, aussi, qu’ils soient agents de la police politique, staliniens assumés ou même massacreurs opportunistes des précédents et profiteurs du désordre. Des hésitants, de même, entre un Janos Kadar qui craint pour sa vie et celle du système auquel il doit tout, et un Imre Nagy totalement intoxiqué par ses peu amicaux voisins soviétiques. Farkas a pu voir, a pu lire, a pu se souvenir, et nous livre son interprétation d’un rêve qui tournera au cauchemar.
A tous égards, son livre est atypique, ne sachant se borner au simple témoignage, et relèverait plutôt de la dissection voltairienne d’un événement aussi cataclysmique que le tremblement de terre de Lisbonne.
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