Voilà enfin la traduction bienvenue d’un ouvrage qui faisait cruellement défaut à l’historiographie francophone de la seconde guerre mondiale et de la Shoah. Le livre de Matatias Carp, publié pour la première fois en Roumanie à la fin des années quarante (entre 1946 et 1948), n’était effectivement connu jusqu’ici que des spécialistes de l’histoire de l’Europe médiane en général et de la Roumanie en particulier. Mis à l’index par le régime communiste, il a progressivement été oublié avant d’être redécouvert après l’effondrement du bloc soviétique. La publication en 2002 de La Roumanie et la Shoah par les éditions de la Maison des Sciences de l’Homme de Paris (lire notre recension de ce titre) avait certes déjà permis au plus grand nombre de se familiariser avec Cartea Neagră auquel doit effectivement beaucoup le livre de Radu Ioanid. Toutefois, si l’édition de l’intégralité de ce monumental ouvrage ouvre aujourd’hui de nouvelles perspectives de recherches, elle donne surtout à lire un document de première importance pour la compréhension de la genèse du massacre des Juifs d’Europe.
Avocat bucarestois d’origine juive, Matatias Carp comprend très vite, dès 1940, le désastre qui guette sa communauté dans une Roumanie dorénavant alliée de l’Allemagne et pénétrée par un antisémitisme virulent. Dès les premiers pogroms, à la veille et aux premiers jours de la guerre lancée contre l’URSS en juin 1941, il entreprend, au péril de sa vie et avec le soutien de son épouse, de recenser au jour le jour, méticuleusement, les différents massacres perpétrés par l’armée et la gendarmerie roumaines à l’encontre des Juifs de Roumanie et d’Ukraine soviétique. La lecture de ces pages « de sang et de larmes » (pour reprendre une expression de l’auteur) émeut par la description parfois difficilement soutenable du massacre de plus de 250 000 hommes, femmes, vieillards et enfants.
Traduit et annoté par Alexandra Laignel-Lavastine, spécialiste reconnue de la Roumanie et auteur en 2002 du remarqué Cioran, Eliade, Ionesco. L’oubli du fascisme : trois intellectuels roumains dans la tourmente du siècle, publié aux PUF, Cartea Neagră permet de lever un voile cru sur l’implication de la Roumanie dans le processus d’éradication des Juifs, aux côtés de l’Allemagne nazie. Abondamment illustré, ce livre est avant tout un témoignage bouleversant dont il est souhaitable qu’il connaisse le plus large succès possible... auprès du plus large public.
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Mardi 7 avril 2009 : le Mémorial de la Shoah organise une rencontre autour de cet ouvrage, réunissant Radu Ioanid, Alexandra Laignel-Lavastine, Gérard Saimo et Marc Semo. Réservations en ligne sur le site du Mémorial.