| www.histobiblio.com souhaite la bienvenue à tous nos visiteurs. | Suivre la vie du site  RSS

Ce que savaient les Alliés

Christian Destremau

La « bombe » a éclaté dans les années 70 : les services de renseignements alliés étaient parvenus à décrypter les codes militaires allemands, au point de pouvoir lire comme à livre ouvert les projets ennemis. La révélation de l’existence de cette opération secrète, baptisée Ultra, remettait en cause toute l’histoire de la Deuxième Guerre Mondiale telle qu’elle avait été relatée, racontée, enseignée depuis trente ans. Mais les levées d’archives furent progressives, facilitant la propagation des rumeurs et l’approximation des thèses. Peu à peu se firent jour de nouvelles polémiques : quel était le degré de connaissance de Churchill et de Roosevelt s’agissant des préparatifs allemands contre l’Union soviétique, ou du plan d’attaque japonais de Pearl Harbor ? Que savaient exactement les Alliés de la « Solution finale » ? Si ces derniers étaient d’ailleurs si bien informés, pourquoi n’ont-ils pas tenu compte des informations selon lesquelles une faction pacifiste japonaise tentait de l’emporter à Tokyo, à l’été 1945, pour préférer l’option nucléaire ?

Spécialiste du monde du renseignement, Christian Destremeau a enquêté aux archives britanniques et nous livre de nouvelles réponses, sans négliger d’autres problématiques touchant à la politique étrangère de l’Etat français telle qu’elle était perçue chez les Alliés comme chez les Axistes, la nécessité ou non d’éliminer physiquement Hitler et ses sbires, et l’intérêt militaire discuté des bombardements stratégiques. L’ouvrage porte surtout sur les renseignements collectés par les Britanniques, ce qui atténue quelque peu la véracité de son titre, un peu trop global. Il n’en livre pas moins une remarquable analyse de ce savaient réellement les dirigeants anglais, à propos des aspects les plus controversés de la guerre.

L’on découvre en effet que ce degré de connaissance demeurait, malgré la qualité de la source offerte par le décryptage des codes allemands et nippons, assez incomplète. En ce qui concerne Barbarossa, les Allemands ont su, pour ainsi dire jusqu’à la dernière minute, intoxiquer Britanniques et Soviétiques quant à leurs véritables intentions, noyant leurs préparatifs sous un brouillard de fausses informations. S’agissant de Pearl Harbor, ni Churchill ni Roosevelt n’avaient prévu que les Japonais auraient l’audace de traverser le Pacifique pour frapper la base américaine, mais M. Destremau paraît surestimer l’aspect « mystérieux » de certaines de ses découvertes, notamment quant à l’antériorité de l’offensive nippone en Malaisie sur l’assaut aéronaval des îles Hawaii. Les dérives diplomatiques de la politique vichyste, notamment quant à la tentative de collaboration franco-japonaise, font l’objet de développements accablants pour l’Etat français. Se penchant également sur l’extermination des Juifs d’Europe, et notamment la déportation des Juifs italiens de 1943, l’historien estime que Churchill et les dirigeants de la Grande-Bretagne n’avaient qu’une vue assez parcellaire de la situation, et qu’ils n’ont guère pu réaliser l’ampleur de la politique génocidaire nazie. Les informations issues d’Ultra ne sauront d’ailleurs être correctement utilisées pour apprécier les résultats extrêmement limités du bombardement stratégique.

Tout en rappelant les débats, au sein des cercles du pouvoir britannique, relatifs à la question de savoir s’il fallait ou non éliminer Hitler, quitte à en faire un martyr, M. Destremau souligne à nouveau à quel point la vision qu’avait Londres de la réalité politique allemande était inexacte. De telles erreurs d’appréciation auraient pu entraîner de fort graves conséquences dans le cadre des approches diplomatiques nazies pour retourner l’Ouest contre l’Est. Londres craignait notamment que les Japonais ne réussissent à arracher, entre Allemands et Soviétiques, un très illusoire accord de paix. C’était oublier que jamais Hitler ne traiterait avec l’U.R.S.S., et que ses efforts primaient en réalité vers un arrangement avec les Anglo-Saxons, donnée qui n’apparaît pas suffisamment dans l’ouvrage de M. Destremau. Ces recherches frénétiques d’une paix « à l’arrachée » émanant des Japonais ne sont pas passées inaperçues des Occidentaux, au cours des semaines précédant les raids nucléaires. De quoi offrir au lecteur français, pour qui les travaux étrangers demeurent malheureusement inaccessibles, une certaine matière à réflexion s’agissant du processus décisionnel ayant abouti à Hiroshima et Nagasaki.

Bref, voilà un ouvrage pionnier, non exempt d’hypothèses discutables certes mais à tous égards riche en nouvelles révélations sur les services de renseignements britanniques. Christian Destremau y ajoute l’incontestable mérite - qui faisait défaut à bien de ses prédécesseurs, y compris les plus prestigieux - d’analyser la portée des informations collectées, et la manière dont elles furent interprétées. De quoi relativiser certaines accusations adressées contre les Occidentaux. De quoi également soulever de nouvelles réflexions sur ce conflit.

Nicolas Bernard

- Pas de vente par correspondance, commander cet ouvrage sur Amazon.fr

Titre : Ce que savaient les Alliés
Auteur : Christian Destremau
Editeur : Perrin
Nombre de pages : 425
Publication : août 2007
Prix : 22,50 €
ISBN : 978 2 262 02318 8

Histobiblio.com - la bibliothèque de l'Histoire est un site proposé par l'association Historialis

Responsables légaux : Matthieu Boisdron, Renaud Meunier, Nicolas Pavillon

Suivre la vie du site RSS | Plan du site | Refonte par h3w.fr - services internet de proximité à prix libre