Henri Tincq, chroniqueur religieux du Monde, nous retrace deux siècles d’Histoire vaticane, de Pie VII à Benoît XVI. Deux siècles mouvementés, qui s’amorcent par les guerres napoléoniennes, se poursuivent par la Révolution industrielle, s’assombrissent avec les guerres mondiales, et voient l’Europe entrer dans l’âge moderne. Le Vatican a eu à s’adapter à ces différentes étapes. Etudier la personnalité, la biographie de chacun des Papes de ces deux derniers siècles peut nous aider à y voir plus clair sur le rôle joué par l’Eglise catholique en la circonstance. L’historien y parvient avec un rare degré de pertinence, rappelant à quel point la réalité peut s’avérer bien plus complexe que les légendes.
Avec Pie VII, le Vatican jouait son avenir, face à l’ombrageux Napoléon. Ses successeurs Grégoire XVI et Pie IX sont parvenus, chacun à leur manière, à consolider l’Eglise, mais sont restés fermés aux nouveaux courants modernistes, libéraux et nationalistes. Léon XIII, Pape de 1878 à 1903, se montrera bien plus lucide, et fera intervenir l’Eglise dans le domaine social pour mieux maîtriser la Révolution industrielle, tout en prêchant, mais sans grand succès, la modération parmi les Etats les plus turbulents sur la question religieuse, et notamment la France. Après lui, Pie X reviendra à une politique réactionnaire, tuant dans l’œuf la démocratie chrétienne, mais réformant également de fond en comble l’administration vaticane et le Droit canon. Benoît XV, le Pape de la Grande Guerre, sera pour sa part trop vite accusé de lâcheté par tous les belligérants... sous prétexte d’avoir constamment tenté de mettre fin à la catastrophe de 14-18 pour lui préférer un nouvel ordre international basé sur la sécurité collective ! Pie XI devra pour sa part - et c’est ce qui fera d’ailleurs sa gloire - affronter les idéologies fascistes et communistes, mais mourra en 1939 avant d’avoir pu dénoncer l’antisémitisme, au soulagement de Berlin.
A la veille de la Deuxième Guerre Mondiale, « le monde attendait un prophète. Mais c’est un pape diplomate qui est venu » : les tourments de Pie XII, qui n’a pas été l’ignoble complice antisémite des nazis que d’aucuns se plaisent à décrire, sont magnifiquement analysés par Henri Tincq, lequel met l’accent sur sa personnalité de diplomate maniéré, impuissant à enrayer les crimes nazis. Le Pape qui le suivra, Jean XXIII, saura pour sa part, avec le concile Vatican II, confronter l’Eglise à la modernité, et renier enfin le deux fois millénaire antisémitisme chrétien. Paul VI achèvera cette œuvre de réformation, mais la crise religieuse de la seconde moitié du siècle alourdira l’ambiance de ses dernières années de règne. En attendant le charismatique Jean-Paul II, premier non-italien à être élu Pape depuis cinq siècles...
Le contexte, le poids des mentalités, le rôle des éminences grises, les hésitations, les volte-face, ou au contraire la rigidité intellectuelle, tous les éléments explicatifs de la politique vaticane nous sont finement restitués par cette synthèse intelligente, indispensable à notre connaissance des arcanes de l’un des plus petits, mais aussi l’un des plus puissants, Etats du monde.
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