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Cixi, Impératrice de Chine

Danielle Elisseef

Cixi, Impératrice de Chine, ne doit surtout pas être confondue avec Sissi, Impératrice de TF1. La vie de la monarque chinoise ne présente guère de rapport avec l’atmosphère volontiers bon enfant des fictions mettant en scène la jeune Romy Schneider, et s’il faut persister dans cette veine cinématographique, autant rappeler au lecteur l’apparition mémorable de ladite Cixi dans ce grand film de guerre qu’est Les Cinquante-Cinq Jours de Pékin, de Nicholas Ray, qui reprend à son sujet les grands traits de sa légende noire : chauvinisme, froideur, fourberie, cruauté. De toute évidence, Mao savait de qui s’inspirer...

La publication de cette biographie est, si l’on peut dire, un « heureux événement ». Brosser le portrait de cette impératrice d’une Chine à l’agonie - en attendant la République, puis la guerre civile, la guerre étrangère, et le communisme - permet d’en savoir davantage sur les origines de la Chine moderne. A tous points de vue en effet, Cixi incarne la fin d’une époque, la mort annoncée d’un empire incapable de s’adapter au modernisme, à l’inverse de son petit et remuant voisin japonais. Elle semble s’en être moins préoccupée que de ses propres ambitions, voire sa propre vie. Jeune fille dotée d’une grande intelligence, elle fera vite preuve d’un don marqué pour la politique et saura nouer les alliances utiles à sa prise du pouvoir, sous couvert de « régence » au profit du fils qu’elle aura habilement su donner à l’Empereur. Mais il lui faudra encore, et pour un demi-siècle, jouer sur les divisions des factions gouvernementales et régionales, voire même au sein du harem privé de l’Empereur, pour conserver sa prééminence. Meurtres, bannissements, rien ne l’arrête dans sa course.

Ce faisant, elle fera bien vite - et par opportunisme - le choix opposé au modernisme, pour s’appuyer sur les éléments conservateurs de l’appareil d’Etat. Il est vrai que la Chine n’était sans doute pas prête à se lancer dans une « modernisation à toutes vapeurs », à l’instar des Japonais. Mais le régime sera incapable de s’opposer à la colonisation étrangère, ni aux premières invasions nippones. L’insurrection des Boxers, société secrète marquée par un patriotisme aussi violent que superstitieux et revanchard, en 1900, n’est qu’un sursaut en attendant la réaction internationale. Dès lors, Cixi ne pourra plus sauver l’Empire, qui sera aboli trois ans après le trépas de l’Impératrice en 1908.

Cixi, en définitive, c’est la sclérose institutionnelle sous couvert de rigueur, et la survie politique déguisée en gouvernance étatique. Incapable de mettre en forme le minimum de réformes nécessaires, elle n’en saura pas moins faire preuve d’une longévité inattendue, et riche d’enseignements sur la manière d’être de l’homo politicus - ou la femina politica - dont elle constitue une sorte de modèle.

Nicolas Bernard

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Titre : Cixi, Impératrice de Chine
Auteur : Danielle Elisseef
Editeur : Perrin
Nombre de pages : 264
Publication : avril 2008
Prix : 21 €
ISBN : 978 2 262 02507 6

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