| www.histobiblio.com souhaite la bienvenue à tous nos visiteurs. | Suivre la vie du site  RSS
Accueil du site > Les livres > C’était hier. > Comment Castro a tué Kennedy

Comment Castro a tué Kennedy

Igor Efimov

Sur l’assassinat de Kennedy, Alain Decaux pouvait écrire que « tout a été dit. Rien n’a été démontré. » Du Rapport Warren, travail aussi considérablement précis que considérablement sous-estimé mais qui ne saurait, en l’état, suffire à convaincre le lecteur, aux multiples ouvrages critiques, voire aux plus ahurissantes théories du complot impliquant tour à tour la CIA, la Mafia, les groupuscules fascistes, le KGB, les milliardaires du pétrole ou encore même, chez certains déséquilibrés, les Extraterrestres de Roswell, le « mystère du siècle » n’en finit pas de susciter découvertes et controverses, plaidoyers et réfutations, recherches et colloques, sans pour autant se dissiper totalement malgré certains progrès accomplis.

C’est ainsi que certains faits apparaissent manifestement acquis, à l’heure actuelle. Lee Harvey Oswald a bel et bien tiré à trois reprises sur Kennedy à l’aide d’un fusil à culasse mobile, du 5e étage du dépôt de livres scolaires du Texas. La première balle a raté sa cible, la deuxième a touché le Président dans le dos, avant de ressortir pour frapper le Gouverneur texan John Connally assis devant lui - la fameuse théorie de la « balle magique » qui frappera les imaginations mais dont la réalité est désormais avérée - et la troisième a peut-être touché Kennedy à la tête. Oswald s’enfuira du dépôt, abattra un policier, avant d’être arrêté et abattu deux jours plus tard par le tenancier d’un night-club, plus ou moins en contact avec certains milieux mafieux, et très bien considéré des policiers locaux. La Commission Warren réunie par le Président Johnson s’attachera à monter un dossier à charge contre Oswald, examinant quelques autres pistes sans vraiment les creuser, soucieuse d’apaiser une opinion américaine inquiète et des relations internationales difficiles pour cause d’escalade au Vietnam et d’agonie de la « détente » avec l’effondrement du khrouchtchévisme en URSS. En résultera un rapport crédible dans ses grandes lignes, bien plus fiable et documenté que ses critiques ne le prétendront, mais pas assez pour, précisément, dissiper le malaise.

Reste à savoir si Oswald et Ruby ont agi isolément, sans aide extérieure. La présence d’un autre tireur sur une butte gazonnée en face de Kennedy, derrière une palissade séparant le lieu du crime d’un parking d’où une deuxième équipe aurait pu s’enfuir après la fusillade, est appuyée par plusieurs éléments, mais reste âprement discutée. S’il est démontré qu’Oswald n’a pas travaillé pour la CIA ou une quelconque agence gouvernementale américaine, reste que son parcours est émaillée d’énigmes, et n’exclut nullement la possibilité qu’il ait été recruté par un groupe de conspirateurs. Troublante, notamment, est la (relativement récente) identification d’une empreinte appartenant à un homme de main du futur Président Johnson et relevée après le meurtre sur les lieux mêmes d’où Oswald a tiré sur JFK.

Les hypothèses les plus étayées comme les plus folles ont prospéré sur ces mystères. Igor Efimov, loin de résoudre l’affaire, ne fait qu’y ajouter une thèse, particulièrement peu réaliste, à savoir l’implication de Fidel Castro dans la commission de l’attentat. A en croire cet auteur, Oswald, revenant désabusé d’URSS où il comptait à tort y trouver fortune et gloire, aurait été patronné par le KGB, avant d’être récupéré par les services spéciaux cubains de Raul Castro, frère de Fidel, et d’être intégré dans une vaste manipulation destinée à contrer les tentatives de la CIA de renverser le gouvernement communiste de La Havane. Avec l’aide de contacts mafieux, Raul Castro aurait également embauché Jack Ruby, chargé de manœuvrer Oswald et de l’éliminer une fois ce « pigeon » devenu inutile. L’assassinat de Kennedy s’intègrerait ainsi dans une logique de représailles à l’encontre de Kennedy, qui aurait payé pour tous les complots de l’espionnage américain visant le Lider Maximo.

Mais si Efimov est assez convaincant sur certains chapitres consacrés à la critique de la « vérité officielle », sa thèse principale, insuffisamment étayée, ne résiste guère à l’analyse. Elle ne suffit d’ailleurs pas à expliquer pourquoi, tirant les leçons de la crise des missiles d’octobre 1962, Kennedy et Castro ont effectué des démarches en vue de négocier un accord de modus vivendi peu avant l’assassinat du premier, démarches secrètes qui se poursuivront quelques mois en 1964, avant d’être abandonnées par Johnson en pleine campagne présidentielle. Efimov rencontre des difficultés à pallier l’absence totale de preuves à l’appui de ses affirmations, sinon par la reprise des poncifs habituels, et notamment des déclarations de Castro extraites de leur contexte. Un Castro suffisamment stupide pour utiliser un tireur... qui se revendique lui-même pro-castriste ! Belle conception de la dissimulation et de l’alibi, de la part d’un dirigeant réputé pour sa haute capacité à nager en eaux troubles, et qui ne se serait jamais lancé dans pareille aventure sans l’accord des Soviétiques - lesquels n’avaient aucun intérêt à faire éliminer un chef d’Etat américain, sous peine de déclencher le feu nucléaire des « capitalistes ».

Bref, un ouvrage fort bien écrit, intéressant sur certains points (notamment sur le rôle de Jack Ruby), doté d’un louable effort de recherche et de rigueur, mais manifestement erroné, incohérent et éloigné de la logique en ce qui concerne le cœur de ses développements.

Nicolas Bernard

- Pas de vente par correspondance, commander cet ouvrage sur Amazon.fr

Titre : Comment Castro a tué Kennedy
Auteur : Igor Efimov
Editeur : Editions du Rocher
Nombre de pages : 413
Publication : novembre 2006
Prix : 23 €
ISBN : 2268059987

Histobiblio.com - la bibliothèque de l'Histoire est un site proposé par l'association Historialis

Responsables légaux : Matthieu Boisdron, Renaud Meunier, Nicolas Pavillon

Suivre la vie du site RSS | Plan du site | Refonte par h3w.fr - services internet de proximité à prix libre