L’on a pu voir certains esprits regretter l’époque « bénie » de la Guerre Froide, au cours de laquelle les enjeux auraient été « clairement » posés et le monde prétendument pu être vu en noir et blanc. La vérité que révèle ce Dictionnaire est que le monde de la Guerre Froide n’était pas plus sûr, ni moins dangereux, que le nôtre. Tout au plus était-il davantage structuré, entre deux blocs antagonistes mais prêts à coexister, même si le sang a coulé, même si le monde a failli être victime de l’embrasement atomique. Car cette guerre, diplomatique, psychologique, idéologique, économique, insurrectionnelle ou contre-insurrectionnelle, a été totale, sauf sur un point : elle n’a jamais opposé directement les forces militaires et nucléaires des deux supergrands qu’étaient les Etats-Unis et l’Union soviétique. Moscou et Washington se sont affrontés par pays ou espions interposés, mais jamais frontalement.
A présent que le Bloc de l’Est a cessé d’exister, il convient de laisser aux historiens le soin d’analyser cette période de quarante ans qui a contribué à façonner notre époque où une Amérique en difficulté n’en demeure pas moins le « gendarme du monde ». En ce sens, l’usage de la forme du Dictionnaire par l’équipe de l’historien Claude Quétel offre au lecteur un outil de compréhension simple d’utilisation, alternant précision et esprit de synthèse, embrassant tous les aspects de ce conflit particulier, des biographies des différents acteurs (Staline, Truman, Mao, Gorbatchev, Reagan, mais aussi Che Guevara, De Gaulle, Nasser, Nehru, Philby) à une description des différentes phases de la période (glaciation des années 40, crise de Cuba, guerre du Vietnam, « Détente »...), sans négliger les études d’opinion (maccarthysme, « grande peur », grands procès, partis communistes), l’espionnage, les aspects culturels (littérature, cinéma, de James Bond à Graham Greene), intellectuels (Raymond Aron, Jean-Paul Sartre...), le tout agrémenté de cartes détaillant les épisodes les plus saillants de l’opposition Est-Ouest.
Le Dictionnaire est précédé de deux articles, le premier faisant le point sur l’historiographie du sujet (riche chez les Anglo-Saxons, squelettique en France), en particulier s’agissant du débat entourant les origines de la Guerre Froide (Staline, seul coupable ? ou faut-il accuser les Etats-Unis ? et au final, quelle a été la part des intérêts nationaux, de l’idéologie, du malentendu, de l’erreur d’appréciation ?), de même que sa fin. Un article suivant expose les temps forts de cet affrontement. Un index extrêmement complet, à la fois patronymique et thématique, a été inséré en fin de volume.
En d’autres termes, le Dictionnaire de la Guerre Froide constitue une excellente initiative, de nature à relancer en France le vif débat que mérite ce conflit et dont il serait injuste qu’il soit monopolisé par les Américains, les Britanniques et les Russes. Il sera également un précieux apport pour les étudiants, outre de s’adresser à un plus large public pour mieux amener le lectorat à tirer des leçons du passé pour comprendre le présent.
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