Pour le quatre-vingt-dixième anniversaire de la « Révolution » d’Octobre 1917, et un peu moins de vingt ans après la chute du Mur de Berlin, les éditions Larousse prennent l’excellente initiative de publier ce vaste Dictionnaire du Communisme, synthèse panoramique aussi complète que possible doublée d’une réflexion sur l’idéologie marxiste et ses mises en pratique, utopie égalitaire qui se muera partout en monstruosité autoritaire, voire totalitaire. Mais tout n’était-il pas inscrit dans le projet lui-même, pénétré d’une volonté de rupture révolutionnaire ?
Le Dictionnaire traite de tous les continents, de l’Amérique latine en proie aux focos de Che Guevara à l’Europe des Partis, de l’Union soviétique qui s’étend du Pacifique à la Baltique à l’Asie de Mao, Ho Chi Minh et Pol Pot. Il étudie les différentes phases de l’Histoire des mouvements communistes, de la prise du pouvoir (1917 en Russie, 1949 en Chine, 1959 à Cuba, 1975 en Indochine) aux guerres civiles et étrangères, notamment la Guerre d’Espagne et la « Grande Guerre Patriotique » de l’Armée rouge contre l’invasion nazie, des plans quinquennaux et du « Grand Bond en Avant » chinois à la débâcle économique, à Tchernobyl et à l’ouverture du Mauer. Les outils de l’idéologie, de l’adhésion à l’entrisme, de l’agit-prop à l’espionnage, de la terreur au système concentrationnaire, de même que tous les ressorts de la vie quotidienne font pareillement l’objet d’entrées significatives. Les rôles fondateurs de Marx et Engels, Lénine et Trotski, Staline et Mao, sont également analysés, preuve que contrairement à la vulgate marxiste le moment historique est parfois imposé par des hommes d’exception - et, pour la majorité d’entre eux, exceptionnellement déments. Les victimes, emprisonnées, exilées, ne sont pas oubliées.
Le Dictionnaire a été réalisé sous la direction du sulfureux Stéphane Courtois, et regroupe un nombre considérable de spécialistes, notamment Jean-Luc Domenach, Pierre Rigoulot, Marc Lazar, Patrick Moreau. D’où une grande qualité historique, stylistique et visuelle de l’ouvrage, pourvu d’une pertinente bibliographie. D’où aussi la reprise de quelques concepts dont se réclame M. Courtois, tels qu’une comparaison/assimilation des phénomènes communiste et nazi, pourtant différents à bien des égards, y compris même sur les modalités de la terreur, laquelle varie d’ailleurs selon les régimes se réclamant de Karl Marx, de la sauvagerie stalinienne à la « Terreur douce » est-allemande...
Hormis ces affirmations qui ne font guère l’unanimité, le Dictionnaire est un pari indéniablement réussi, susceptible de constituer une indispensable base de données pour le profane. De ce point de vue, quiconque s’intéresse au communisme dans son ensemble et son hétérogénéité ne pourra se passer d’un tel livre, à l’heure où certains mouvements d’extrême gauche prospèrent sur l’oubli pour mieux préparer leur retour au pouvoir...
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