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Dynamite Club

L’invention du terrorisme à Paris

John Merriman

Grand spécialiste de la France urbaine du XIXe siècle, professeur à l’Université de Yale, John Merriman revient, avec ce nouveau titre, sur la vague d’attentats anarchistes qui déferla sur la France de la Belle Epoque et dont le président Sadi Carnot, assassiné en 1894, est une des plus illustres victimes.

S’il est tentant, comme l’écrit l’auteur, de céder « à la tentation de mieux comprendre l’actuelle guerre contre le terrorisme en se tournant vers le passé », l’objectif de ce livre est avant tout de comprendre quelles ont été les motivations de ces anarchistes en tirant « le fil ténu » qui relie le terrorisme de la fin du XIXe siècle à celui qui frappe aujourd’hui notre monde contemporain.

À cette fin, John Merriman s’attache à suivre le parcours d’un jeune intellectuel éduqué mais révolté de 21 ans, Émile Henry, qui, le 12 février 1894, déposa une bombe au très chic café Terminus à Paris et fit un mort. Jugé, il fut guillotiné en mai 1894. Le personnage d’Henry, dans ce livre brillant, sert de fil conducteur à la démonstration de l’auteur, occupé à décrire et analyser l’évolution de la situation économique, sociale et politique de la France de ces années ; une France « théâtre d’inégalités sociales scandaleuses » et traversée par de forts courants de protestations et de revendications.

C’est aussi à la réaction vive et parfois brutale de l’État, à son rôle nouveau dans la société ainsi qu’à sa prééminence et à sa force devenues bien réelles, que sont consacrées ces pages. John Merriman se penche également - bien que plus succinctement - sur l’ampleur internationale qu’a connue à cette époque le phénomène anarchiste. L’exil d’Émile Henry à Londres à la suite de son premier attentat donne l’occasion à Merriman d’évoquer la situation au Royaume-Uni et celle des Etats-Unis où le président William McKinley fut tué par un anarchiste en 1901.

Pour autant, que l’on songe à l’attentat perpétré à la Chambre des députés par Auguste Vaillant en 1893 ou encore à l’assassinat du Tsar Alexandre II en Russie en 1881, les anarchistes n’attaquaient exclusivement, avant l’acte criminel d’Émile Henry, que le pouvoir ou bien ses représentants directs. L’attentat du café Terminus marque donc une nouvelle étape, celle de l’attentat aveugle ; Henry considérant qu’il n’existe pas de bourgeois innocent.

Il n’en reste pas moins qu’après avoir refermé ce livre, on peine finalement à comprendre clairement les raisons du choix d’Henry. Sa radicalisation est-elle le fruit de son expérience familiale ? Son père, en effet, a pris une part active à la Commune, a été exilé puis est mort des suites d’un accident de travail. Henry, pour sa part, a renoncé à des études qui s’annonçaient brillantes avant d’embrasser la cause anarchiste. Son frère était lui-même anarchiste... Sans doute faut-il envisager le cheminement personnel d’Henry pour comprendre son acte sans oublier que l’entrée du jeune homme dans la clandestinité a certainement eu sa part dans les choix qu’il a été amené à faire.

En somme, au XIXe comme au XXIe siècle, le passage à l’acte terroriste repose sur une conjonction de facteurs qui relèvent tant du milieu social et politique (et/ou religieux) que d’un itinéraire de vie propre à chaque individu que l’historien doit bien renoncer à appréhender avec justesse et objectivité.

Matthieu Boisdron

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Titre : Dynamite Club
Auteur : John Merriman
Editeur : Editions Tallandier
Nombre de pages : 255
Publication : juin 2009
Prix : 20 €
ISBN : 978-2-84734-568-1

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