En France, en Allemagne ou encore en Italie, trois des grands pays fondateurs de l’Europe communautaire, on a souvent tendance à occulter le rôle majeur qu’ont également joué les trois « petits » pays du Benelux (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas). Effectivement, si, parmi les intellectuels belges qui ont plus qu’œuvré à la réalisation de cette union, l’observateur attentif a pu retenir les noms bien connus de Paul-Henri Spaak, de Paul Van Zeeland ou encore de Emile Vandervelde, il connaît sans doute moins la nature de leur action concrète.
Insistant sur le nombre relativement important, à l’échelle de la Belgique, des différents mouvements européistes belges dans l’entre-deux-guerres, sur leur organisation et sur leur nature diverse et multiforme, Geneviève Duchenne relève avec pertinence les éléments constitutifs d’une idéologie imprégnée d’un pacifisme partagé dans d’autres pays (en France notamment), ainsi que ceux épousant paradoxalement - et très tôt - la cause nationaliste. Effectivement, les intérêts économiques et politiques de la Belgique vont dans le sens d’une plus grande ouverture des frontières européennes, toujours largement fermées depuis la fin de la guerre. C’est aussi aux cercles de sociabilité belges et à la difficile mesure de l’influence réelle de la « propagande » européiste que s’intéresse l’auteur. Elle dessine enfin une importante galerie de portraits - à la confluence des milieux politique, économique et culturel - révélatrice de l’état d’esprit des élites belges du temps.
Le livre de Geneviève Duchenne, inspiré de sa thèse de doctorat, propose ainsi un « retour aux sources » de l’engagement européen belge et fait le point sur les projets européistes qui ont traversé la Belgique de l’entre-deux-guerres. C’est en fin de compte un travail pionnier que nous livre l’auteur. Il permettra, à n’en pas douter, de nourrir des travaux comparatifs (qui, souhaitons-le, ne tarderons pas à venir) avec les cas français et allemand, déjà bien étudiés.
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