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Et le Bunker était vide

Lecture du testament politique d’Adolf Hitler

Fabrice Bouthillon

L’on se figure souvent les derniers jours d’Adolf Hitler en cauchemar d’un dément psychopathe définitivement déconnecté du réel. Pourtant, la lecture de ses testaments politique et privé permet de corriger cette version des faits trop facile pour être honnête. Prolongeant une intuition de l’historien français François Delpla, Fabrice Bouthillon entreprend de ne point céder aux sirènes de la légende classique et nous démontre à l’issue d’un argumentaire imparable que le Führer, loin d’avoir été ce brouillon incompétent, a au contraire cherché à jouer ses cartes diplomatiques jusqu’à la dernière heure. En ce sens, le dictateur nazi tenait abolument à diviser la coalition des Alliés occidentaux et des Soviétiques, tentant de négocier avec les uns contre les autres, et sans pour autant annoncer la couleur. Admirateur du Roi Fédéric II, qui avait été sauvé du désastre militaire en 1762 par la mort de la Tsarine Elisabeth amenant au pouvoir un successeur germanophile, Hitler n’avait à dire vrai pas d’autre possibilité d’action. Et, contrairement à la légende qu’il a lui-même créée, ni son « dauphin » Göring ni son « fidèle » Himmler ne l’ont vraiment trahi, agissant eux-mêmes jusqu’au bout au nom des directives de cet agrégé en manipulation.

Les testaments devaient également fonder la mémoire du IIIe Reich, et constituaient un diabolique moyen de hisser la parole nationale-socialiste en Révélation divine. Physiquement mort, Hitler avait prévu de faire disparaître son cadavre : le bunker, à l’image du tombeau de Jésus, devait ainsi être retrouvé vide... Le tyran cherchait à perpétuer sa légende, à l’aide de quelques bidons d’essence, et à mettre en avant son « sacrifice » - en vérité un mensonge camouflant son suicide. L’objectif était de préparer une renaissance du nazisme, après une survie de l’Allemagne en cas de succès des négociations menées par les SS (Himmler via la Suède, Wolff en Italie du Nord). Mais l’échec sera patent.

L’étude de Fabrice Bouthillon relève à la fois de l’Histoire, de la théologie, de la science politique, et de la critique littéraire. Sans doute ces divers talents étaient-ils nécessaires pour apprécier dans sa globalité cette ultime manoeuvre de Hitler, cette oeuvre testamentaire par laquelle ce faux prophète génocidaire s’exprime encore d’outre-tombe. Manque toutefois à cette analyse remarquable et terrifiante de justesse un rapprochement du tempérament artistique du Führer, lequel ne sera pas dépourvu d’impact sur sa philosophie. L’homme, en effet, loin d’être adepte de la peinture - et encore moins peintre en bâtiment comme le voudra la légende - était un passionné d’architecture et d’opéra, particulièrement de Wagner, dont il admirait la rhétorique païenne, héroïque, pompière et sacrificielle. En ce sens, il aurait été intéressant de prendre en considération la thématique « artistique », celle du « Crépuscule des Dieux », dans la mise en scène hitlérienne de ses derniers jours de vie, avant de disparaître dans la « nuit et le brouillard » comme le nain Alberich dans L’Or du Rhin... Telle est la seule limite, au demeurant discutable, de ce travail aussi concis que remarquable. A tous égards, Fabrice Bouthillon s’avère bien plus novateur que bien des biographes autorisés du dictateur.

Nicolas Bernard

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Titre : Et le Bunker était vide. Lecture du testament politique d’Adolf Hitler
Auteur : Fabrice Bouthillon
Editeur : Editions Hermann
Nombre de pages : 96
Publication : avril 2007
Prix : 16 €
ISBN : 978 2 7056 6679 8

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