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Féodalités

888-1180

Florian Mazel

La féodalité a longtemps eu mauvaise presse. Dans notre mémoire nationale portée par l’idéal de la centralisation jacobine, la période succédant au règne de Charlemagne et précédant Philippe-Auguste n’a pas été sans être perçue comme régressive, laissant la part belle aux seigneurs, grands bénéficiaires de cet éclatement de l’autorité. La « peur de l’an Mil » symbolise ces préjugés vivaces qui tendent à résumer tout le Moyen Âge et achève d’en faire un long cauchemar barbare, obscurantiste et superstitieux…

L’historiographie a su débroussailler ces mythes, pour nous offrir une vision plus complexe, plus fascinante aussi, de cette fin du premier millénaire chrétien. Les travaux pionniers de Georges Duby soulignant la rapidité de la « mutation de l’an Mil », pour ainsi dire qualifiée de « révolutionnaire », ont, des décennies durant, dominé la recherche historiographique. Cette thèse a toutefois été battue en brèche ces dernières années, grâce notamment à un usage plus accru des données de l’archéologie et de l’anthropologie. Bref, il était temps de coordonner une synthèse de ces différentes controverses. Florian Mazel, maître de conférences en Histoire médiévale à l’Université de Rennes 2, a été chargé de cette lourde tâche dans le cadre de la – déjà – prestigieuse Collection « Histoire de France » des éditions Belin, dirigée par Joël Cornette.

Florian Mazel démontre que mutation il y a bel et bien eu, sociale, culturelle, politique, au point que la période du IXème siècle au XIIème siècle constitue effectivement une étape, une transition effervescente, instaurant un nouvel ordre administratif, consacrant un réel dynamisme économique, amorçant une véritable « révolution culturelle », essentiellement religieuse puisque la religion modèle alors la vision du monde. Le foisonnement intellectuel consécutif à la réforme grégorienne, qui fonde l’indépendance de l’Eglise vis-à-vis des laïcs et accentue son institutionnalisation, est même si important qu’il suscite un retour en force des tendances conservatrices et exclusives de cette même Eglise, laquelle finit par sanctionner les hérésies tout en durcissant sa rhétorique antisémite.

C’est que ces trois siècles sont aussi celui de crises internationales et spirituelles de grande ampleur. L’étiolement du régime carolingien – qui laisse persister un certain modèle de gouvernement auprès des seigneuries – s’est accompagné d’invasions nordiques et musulmanes, propres à faire verser le sang et semer le doute. Par ailleurs, si la féodalité traduit l’instauration d’un ordre administratif nouveau qui est celui des seigneurs, le développement de la seigneurie castrale resserre la pression fiscale sur les masses paysannes. Cette nouvelle hiérarchie sociale favorise pourtant l’émulation et le commerce, outre de renforcer l’autorité, et contribue à nourrir la croissance économique du XIIème siècle, laquelle résulte également d’une meilleure gestion des terres, ainsi que du renouveau urbain. Bref, au terme de trois siècles particulièrement « agités », une nouvelle société s’est mise en place, dont la richesse est lourde de contradictions entre les différentes sources du pouvoir, l’Eglise et l’Aristocratie, et en leur sein même, lesquelles préparent le renouveau des Rois.

La synthèse de Florian Mazel, remarquable de clarté, érudite sans verser dans le pédantisme, montre bien que le temps des Seigneurs ne traduit pas une mutation, mais plusieurs, sur longue durée, et qui intéressent tous les aspects de la politique et de la société. Dans ce passage obligé de la collection qu’est le chapitre « L’Atelier de l’Historien », l’auteur revient sur ce que l’on croyait être des acquis, en particulier la thèse de la « mutation de l’An Mil », ou encore les problématiques nées des concepts d’arts roman et gothique, pour en appeler à une Histoire fondée sur des méthodes de recherche et d’analyse plus élargies.

Nicolas Bernard

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Titre : Féodalités 888-1180
Auteur : Florian Mazel
Préface : Jean-Louis Biget
Editeur : Editions Belin
Collection : Histoire de France
Nombre de pages : 784
Publication : mars 2010
Prix : 36 €
ISBN : 978-2-7011-3359-1

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