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Georges Bonnet (1889-1973)

Les combats d’un pacifiste

Jacques Puyaubert

Longtemps occultée par les accords de Munich, la figure de Georges Bonnet n’avait jamais été étudiée avec attention. On s’était le plus souvent, jusqu’ici, contenté des nombreux livres de souvenirs et des mémoires de l’ancien ministre pour se faire une opinion plus ou moins juste, et d’ailleurs plus ou moins tronquée de cet homme à la longévité politique remarquable (50 ans !). La biographie de Jacques Puyaubert, inspirée de sa thèse de doctorat soutenue en 2001, donne ainsi à voir le parcours à la fois banal et exceptionnel de ce dirigeant radical. Sous-titré, avec beaucoup de pertinence, « les combats d’un pacifiste » , cet ouvrage livre la clef de l’engagement et des choix politiques de Georges Bonnet, tous tendus vers un seul objectif : la défense de la paix qui « s’écrira [toute sa vie] avec un "P" majuscule ».

Ancré dans un « terroir » politique et issu d’un milieu petit bourgeois - à l’image de nombreux radicaux de sa génération tel René Bousquet par exemple - Georges Bonnet est la cadet d’une famille périgourdine de juristes. Lui-même entreprend des études de droit et devient avocat en 1913 avant de rejoindre le Conseil d’Etat. Sa participation à la Grande Guerre et la mort au combat de son frère aîné développent chez lui un pacifisme (d’inspiration juridique) qui ne se démentira plus. Conjointement à la défense de cette grande cause qui devient celle de sa vie, Georges Bonnet entre en politique en 1922 et devient député de Dordogne l’année suivante, à seulement 34 ans, à l’occasion de la victoire du Cartel des Gauches. L’auteur analyse, à cette occasion, les rouages de la fulgurante ascension ainsi que les jeux de clientèles locales dont a bénéficié le jeune Bonnet.

La création d’un ministère du Budget par le troisième gouvernement Painlevé permet à Georges Bonnet, jusqu’ici sous-secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil, d’atteindre les sommets du pouvoir. Il occupe effectivement ce poste jusqu’à la fin de 1925 avant de prendre en charge le ministère des Pensions dans le deuxième gouvernement Herriot. Il occupera par la suite, et à partir de 1930, divers autres portefeuilles ministériels avant de se voir confier, en 1933, celui des Finances au moment où la crise économique mondiale touche la France. Expert en matière économique et financière désormais reconnu, Georges Bonnet prend une part active aux différentes conférences et discussions internationales traitant de ces questions (conférence de Stresa pour la reconstruction économique de l’Europe, conférence économique de Londres...). Mais fragilisé par l’affaire Stavisky et peu enclin, à la suite de la manifestation du 6 février 1934, à jouer le jeu de l’alliance avec la SFIO et le PCF et, partant, adversaire du Front Populaire, Georges Bonnet est écarté de la scène politique nationale ; nommé ambassadeur aux Etats-Unis en 1937. Ce poste, placard prestigieux, lui permet toutefois d’obtenir - après un nouveau passage aux Finances - les qualifications nécessaires pour le Quai d’Orsay qu’il prend en charge début 1939 dans le gouvernement Daladier.

Conscient des faiblesses françaises, partisan de l’apaisement avec les puissances fascistes, Bonnet fait le choix d’une redéfinition complète de la politique extérieure de Paris qui, selon M. Puyaubert, repose sur une ligne bien définie : coopération avec l’Allemagne, l’Italie ou encore l’Espagne par des concessions limitées, abandon relatif des alliances orientales de la France, alignement sur la Grande-Bretagne pour l’amener à sceller une véritable alliance, intégration à terme de l’URSS dans le jeu franco-britannique. Paradoxalement, et avec un certain aveuglement, la défaite de 1940 renforce Bonnet dans ses convictions pacifistes et le pousse à soutenir le Maréchal Pétain pour garder la France hors du conflit. Ses positions ultra-pacifistes, dès lors renforcées, le font progressivement s’éloigner du régime de Vichy en général, et de Laval en particulier que les orientations particulièrement pro allemandes heurtent. Le renforcement autoritaire du régime n’est pas non plus pour plaire à Georges Bonnet qui, à partir de 1943, fait montre d’un « désinvestissement progressif » . L’issue de la guerre se solde pour l’ancien ministre par six années d’exil en Suisse (1944-1950). Malgré l’opposition farouche de la nouvelle classe politique, issue de la Résistance, Bonnet entame une reconquête du pouvoir local, puis national tout en évoluant à droite, avant de transmettre le flambeau politique à son fils, Alain-Paul.

Cette belle étude offre au lecteur la biographie nuancée d’un radical modéré, certes longtemps décrié, mais avant tout attaché au consensus et à l’union nationale. Bien implanté localement, évoluant entre les sphères de la haute fonction publique et celle de la politique, Georges Bonnet se révèle un technicien très au fait des problèmes de son temps mais également peu sensible aux mutations de tous ordres rencontrées par son pays. En cela, il apparaît très proche des préoccupations de ses administrés - desquels il obtient un soutien sincère - et aussi démuni qu’eux face aux crises graves et aux bouleversements profonds rencontrés par la France de ces années troubles.

Matthieu Boisdron

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Titre : Georges Bonnet
Auteur : Jacques Puyaubert
Editeur : PUR - Presses universitaires de Rennes
Nombre de pages : 371
Format : 160 x 240 mm
Publication : septembre 2007
Prix : 20 €
ISBN : 978-2-7535-0424-0

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