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Georges Boris

Trente ans d’influence. Blum, De Gaulle, Mendès-France

Jean-Louis Crémieux-Brilhac

Si les noms de Léon Blum, Charles De Gaulle et Pierre Mendès-France sont encore bien présents aujourd’hui, il n’en est pas de même de Georges Boris, qui, pourtant, les a tous conseillés. Car Boris sera tout sauf un sans-grade de notre Histoire. Journaliste humaniste, théoricien économiste, agent de la France libre, Georges Boris a, en effet, toujours été capable de s’engager pour ces causes qui valaient, et continuent de valoir, la peine : la démocratie, la justice sociale, la lutte contre l’oppression et le racisme. On ne peut que se réjouir que Jean-Louis Crémieux-Brilhac ait choisi d’en composer la biographie. Au talent de cet historien se mêle le souvenir du témoin, car l’auteur put compter parmi les amis de son sujet d’étude.

Georges Boris est issu d’une famille de républicains patriotes et laïcs. Ayant l’occasion de voyager à l’étranger dans sa jeunesse, notamment au Brésil où il séjournera six mois, dans une entreprise familiale, à Fortaleza, il découvre les inégalités et la pauvreté de ce qui sera nommé le Tiers-Monde, ce qui le marquera toute sa vie. Economiste, il s’intéresse profondément aux théories propagées par un certain John M. Keynes, faisant la part belle à un interventionnisme étatique qui relancerait la consommation et pallierait les lacunes réelles du libéralisme économique en matière d’aide sociale. Journaliste, il s’attaque au pouvoir de l’argent, revendique son indépendance, fustige la corruption, tout en cherchant à donner l’alerte devant la montée en puissance du péril nazi, ce qui amène l’extrême droite à l’attaquer, sur le terrain hélas habituel de ses origines juives. Et lorsque le Front populaire cherche à faire passer un projet de réarmement largement conçu par Boris, c’est l’échec – presque inévitable : le New Deal n’est pas encore fait pour percer en France.

C’est tout naturellement qu’après la défaite militaire de mai 1940 Georges Boris se retrouve à Londres, et rallie le général De Gaulle – ce qui, compte tenu du caractère entier de ce dernier, et de ses origines militaires, n’avait rien d’acquis. C’est que l’intransigeance du personnage, son sens visionnaire, le séduisent. Georges Boris devient un hiérarque de la France libre, milieu dont Jean-Louis Crémieux-Brilhac nous rappelle à quel point il était divisé sur nombre de questions essentielles, et en particulier la « question juive », pour reprendre l’inepte terminologie de l’époque. Radio, coordination des actions de résistance, financement des mouvements clandestins, Boris est partout.

Après la guerre, Georges Boris milite de nouveau pour une politique d’inspiration keynésienne, hostile au laissez-faire, mais de déconvenues en désillusions, finira par se dissocier d’une IVème République qui, malgré ses incontestables réussites, peine à s’attaquer de manière concrète aux dossiers les plus graves, en particulier la décolonisation. Boris participe évidemment à l’expérience Mendès-France, mais l’interruption de cette dernière par le régime d’assemblée le convainc que le retour de De Gaulle aux affaires devient chaque jour de plus en plus inévitable – ce qui se produit, effectivement, en 1958. Un retour qui satisfait l’ancien Français libre autant qu’il le trouble, compte tenu de l’ambiance de pronunciamento régnant en mai 58, compte tenu également de la réforme constitutionnelle faisant de la Vème République un régime d’allure monarchique, donnant la part belle au chef de l’Etat, et rabaissant le Parlement. Boris ne renie certes pas le Général, en qui il a confiance depuis Londres, mais ne peut pour autant faire partie des gaullistes fervents, car trop proche de Mendès-France, lequel ne pardonne pas à De Gaulle son retour en force.

Cinquante ans après la mort de Georges Boris, qui ne verra pas l’achèvement du drame algérien, Jean-Louis Crémieux-Brilhac lui rend ce bel hommage, cette biographie écrite d’une plume toujours alerte, dévoilant, mais jamais sans pudeur, les aspects publics et privés de cette personnalité qui, à l’instar des grands hommes qu’elle a servis, incarne également une certaine idée de la France.

Nicolas Bernard

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Titre : Georges Boris. Trente ans d’influence. Blum, De Gaulle, Mendès-France
Auteur : Jean-Louis Crémieux-Brilhac
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 460
Publication : janvier 2010
Prix : 25 €
ISBN : 978-2070127627

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