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Haussmann, Georges-Eugène, Préfet-Baron de la Seine

Nicolas Chaudun

Selon les uns, cet homme est à bénir : il a donné à Paris son visage de "plus belle capitale du monde". Selon les autres, il est au contraire proscrire : ses grands travaux, ruineux, illustrent une tendance autoritaire, excluant les classes laborieuses, coupant Paris en deux, entre l’Ouest bourgeois et l’Est industrieux. Mais ces louanges et ces critiques se réjoignent sur un point : Haussmann est l’homme par qui tout a été mis en oeuvre. Comme l’écrit Nicolas Chaudun dans cette somptueuse - mais objective - biographie, l’image du Baron se fond dans celle de notre capitale : "Hausmann, c’est Paris ; haussmanniser, c’est percer, aérer, désengorger, c’est à dire libérer les flux, ceux des biens comme des personnes, de l’eau comme du gaz, celui des capitaux tout autant... Haussmann, c’est projeter le chaos ancestral en pleine lumière". Encore s’agit-il de réévaluer son rôle dans la transformation de Paris. Démiurge, Haussmann ? Interprète talentueux de la volonté impériale et la conscience collective, plutôt.

Le Préfet de la Seine, lorsque lui sont confiés les travaux, est un quadragénaire ambitieux. D’origine bourgeoise, il cherche à acquérir un riche statut social par ses propres moyens... et ses relations. Devenu notable, il est férocement attaché à l’ordre public. Nommé administrateur, il se signale par sa loyauté sans faille. Bref, est "un pur produit de son temps démontre M. Chaudun. Il en incarne à la fois les conquêtes et les rigidités. Rallié à la monarchie de Juillet, il se fait l’adepte d’un matérialisme libéral, fondé sur la communication et les échanges, et qui, seul, selon lui, peut guérir le royaume de ses tentatives réactionnaires. Le triomphe de l’argent contre la race, du progrès contre la pérennité, de la science contre la conscience, Haussmann l’assume, donc, et crânement, mais dans les limites que lui fixent bientôt des réflexes de classe. Il se met à redouter, comme n’importe quel parvenu mal assuré de son assise, la mutation des mentalités et les désordres conséquents que suppose cette marche en avant. Avant même qu’il n’atteigne la quarantaine, sont forgés les gardes-fous de son horizon politique : l’ordre public, un exécutif autoritaire, etc. Il n’en démordra plus, au point d’incarner le grognard type "bas empire"."

Un Rougon, donc ? Pas seulement. Car c’est précisément ce type d’homme, peut-être, qu’il fallait pour procéder aux grands travaux. Certes, il n’en a pas réalisé les plans, du moins n’a pas été seul, s’inspirant en effet des projets de la Commission des Embellissements de Paris réunie par Napoléon III et dirigée par le Comte Siméon. Mais il a su les mettre en oeuvre, se les réapproprier, les transcender même. Haussmann, en effet, entre en scène au moment opportun, alors que les mutations de Paris ont atteint une telle ampleur qu’une rénovation urbaine en profondeur est devenu, consciemment ou non, souhaitable. Il faut évidemment se garder de l’image délétère de la capitale pré-haussmanienne, laquelle avait déjà fait l’objet de politiques de réaménagement préparant le terrain aux idées de la Commission Siméon, mais force est de constater qu’une gigantesque adaptation s’imposait. Primauté à la rationalisation, culte de la "ligne droite", répartition fonctionnelle de l’espace, lutte contre l’entassement, installation d’un réseau d’adduction d’eau et d’égout digne de ce nom : il s’agit de redonner un second souffle à l’expansion parisienne, et la reprendre en main. Aérer et contrôler. C’est bien la philosophie du Second Empire et de la Révolution industrielle qu’Haussmann applique avec une belle énergie.

Mais les travaux suscitent les critiques. Le bouleversement social ne se traduit par une amélioration immédiate des conditions de vie, au grand dam de l’Empereur. Le coût est faramineux - plus de deux milliards et demi de Francs. Haussmann, de par ses procédés, incarne ce que les libéraux haïssent le plus dans l’Empire : le parvenu sombrant dans l’opulence et l’autoritarisme. Dès lors, au fur et à mesure que le régime se démocratise, la position d’Haussmann se précarise, avant d’être "liquidée" en 1870, en attendant la guerre qui verra l’armée prussienne assiéger sa capitale.

Les grands travaux, toutefois, ne seront pas abandonnés avec la chute de l’Empire. La IIIème République reprendra certains projets de rénovation urbaine. Le travail réalisé, à défaut d’avoir été imaginé, par Haussmann, lui survivra. Preuve qu’il est parvenu à s’identifier au tendances lourdes de la modernité pour les mettre en pratique.

Nicolas Bernard

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Titre : Haussmann, Georges-Eugène, Préfet-Baron de la Seine
Auteur : Nicolas Chaudun
Editeur : Acte Sud
Nombre de pages : 280
Publication : mars 2009
Prix : 25 €
ISBN : 978-2742782871

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