Au début de l’année 1920, conformément aux dispositions du traité de Versailles, des troupes internationales – majoritairement françaises mais également britanniques et italiennes – furent déployées en Haute-Silésie afin de permettre la bonne tenue d’un plébiscite dont l’issue devait décider du rattachement à l’Allemagne ou à la Pologne de cette région minière stratégique. S’intéressant depuis plusieurs années aux « fronts secondaires » de la première guerre mondiale, Rémy Porte s’est attaché dans ce travail – qui constitue le résultat de son habilitation à diriger les recherches – à tirer de l’oubli une des plus importantes missions de l’armée française hors de ses frontières à l’issue de la première guerre mondiale. Celle-ci est effectivement riche d’enseignements.
A la confluence du militaire, du diplomatique et de l’économique, la question posée par le devenir de la Haute Silésie donne à voir l’évolution du rapport de force européen à l’orée des années vingt comme la recomposition du paysage diplomatique européen. L’implication de la France à l’Est de l’Europe destinée à saisir, d’ailleurs dans des conditions difficiles, un maximum de gages, heurta frontalement une Allemagne affaiblie mais pas impuissante, ne contenta pas vraiment la Pologne qui se crut lésée et accentua parallèlement les divergences importantes qui avaient déjà vu préalablement le jour avec le Royaume-Uni d’une part et l’Italie d’autre part.
Confrontée à plusieurs insurrections qui mirent aux prises Polonais et Allemands, la mission interalliée réussit pourtant à stabiliser tant bien que mal la situation et à garantir la partition du territoire, conformément au résultat d’un plébiscite pourtant contesté. Elle le fit non seulement sur le plan strictement militaire en multipliant les opérations de police mais également en donnant un indéniable appui à la remise sur pied d’une véritable administration civile.
En somme, l’analyse de Rémy Porte va bien au-delà de la simple recension d’un épisode militaro-diplomatique oublié. L’historien réussit à prendre la hauteur nécessaire et à ouvrir son questionnement à des enjeux historiographiques prégnants tels que les sorties de guerre, l’histoire culturelle ou encore celle des mentalités. Naviguant avec une grande aisance du général au particulier, c’est-à-dire des enjeux internationaux du temps à une situation locale complexe et explosive, Rémy Porte offre au lecteur un modèle d’histoire comparée et ouvre des perspectives de réflexion très actuelles grâce à l’étude de la première véritable mission internationale de garantie de la paix.