| www.histobiblio.com souhaite la bienvenue à tous nos visiteurs. | Suivre la vie du site  RSS

Henri IV

Les réalités d’un mythe

Philippe Delorme

Dans le cadre du 400ème anniversaire de la mort d’Henri IV, il était sans doute inévitable que la production éditoriale en résultant comporterait, au milieu de tant d’hommages rendus, des travaux censés rééquilibrer les données acquises, voire contester radicalement la légende du « bon Roi Henri ». Philippe Delorme, grand spécialiste des familles royales à qui l’on doit d’avoir classé « l’affaire Louis XVII » en apportant la preuve génétique que le fils de Louis XVI était bel et bien décédé dans la prison du Temple en 1795, a ainsi entrepris de s’attaquer à l’un de nos monarques les plus populaires.

La biographie est sous-titrée Les réalités d’un mythe : le portrait du Roi qui en ressort est en effet des plus défavorables. Henri aurait été un opportuniste, non un visionnaire, vivant au jour le jour, s’adaptant aux circonstances au lieu d’agir selon une politique bien établie. Médiocre stratège, il n’aurait pas fait preuve, en cette période de guerre civile doublée de guerre étrangère, d’indulgence envers ses ennemis et la population civile, se révélant à l’inverse sanguinaire et impitoyable, sa clémence occasionnelle répondant à de pures considérations tactiques. Affamé de sexe et de plaisirs, il aurait été totalement soumis à ses pulsions au point d’en faire une politique d’Etat, s’apprêtant même à entrer en guerre pour les beaux yeux de Charlotte de Montmorency – et non pour cause de « Grand Dessein » censé remettre en cause la prééminence des Habsbourg en Europe. Son fils, le futur Louis XIII, il n’aurait pas rechigner à le faire fouetter, tout en se montrant trop crû sur la sexualité, et il est même suggéré qu’il serait à l’origine de son bégaiement, voire qu’il se serait livré à quelques « papouilles »… L’Edit de Nantes ? Une concession byzantine aux catholiques et aux huguenots, qui, loin d’avoir protégé ces derniers, les aurait, au contraire, enfermés dans un dispositif législatif consacrant la domination catholique sur la France. Les rénovations architecturales parisiennes ? Henri n’en serait pas l’auteur.

Sans doute Philippe Delorme noircit-il le tableau. Tout se passe comme s’il fallait à tout prix contester les apports les plus bénéfiques du souverain, ou retenir, de toutes les hypothèses explicatives de ses actions, celle qui lui soit la plus défavorable. De fait, il est impossible de suivre la totalité des affirmations de l’auteur. Le fait, par exemple, qu’Henri IV ait fait fouetter son fils s’inscrit dans les mœurs de l’époque, et les historiens ont bien montré qu’en fait, non seulement le Roi s’était révélé un père des plus aimants avec le futur Louis XIII, mais encore qu’il était loin d’avoir abusé des méthodes répressives, bien au contraire. On ne peut non plus réduire la guerre qui se préparait en 1610 à la funeste conséquence d’une passade amoureuse. Et ainsi de suite. Qu’Henri IV ne se soit pas révélé une copie conforme de sa légende n’implique pas nécessaire d’exagérer la différence. De fait, un autre impair de cette biographie est de négliger l’incontestable modernité du règne henricien, telle que mise en lumière par Jean-Pierre Babelon dans sa biographie du monarque - la meilleure à ce jour - parue en 1982 chez Fayard.

Mais tout n’est pas faux, dans cette étude, qui remet à leur place bien des idées reçues sur la manière, notamment, dont Henri IV concevait l’art de la guerre. Il est effectivement indéniable que l’exposé de Philippe Delorme permet de contrebalancer l’image polie par les siècles d’un monarque sympathique et responsable. L’on s’aperçoit qu’Henri n’a pas été un personnage figé, dès sa naissance, dans une posture d’homme d’Etat, qu’il a connu des errements, qu’il a souvent douté. Huguenot, oui, mais point trop n’en faut, preuve que les Guerres de Religion cachaient surtout des enjeux de pouvoir. Sa politique a parfois tâtonné. Surtout, la France de la première décennie du « Grand Siècle » se révèle un équilibre des plus précaires. Le peuple, effectivement, est écrasé d’impôts, les Grands grognent contre ce souverain peu fiable, qui a abjuré trop souvent, bref le Roi n’était pas populaire. En d’autres termes, ce qui se dégage de cette étude, c’est que le règne d’Henri IV ne saurait être assimilé à un « Paradis perdu », un « âge d’or » révolu. Imposteur, Henri IV ? Oui, estime Philippe Delorme. Conclusion cinglante, certes, excessive surtout, mais qui permet au moins de détonner dans l’actuel concert des louanges.

Nicolas Bernard

- Pas de vente par correspondance, commander cet ouvrage sur Amazon.fr

- Le Blog de Philippe Delorme

Titre : Henri IV. Les réalités d’un mythe
Auteur : Philippe Delorme
Editeur : Editions de l’Archipel
Nombre de pages : 418
Publication : mai 2010
Prix : 22 €
ISBN : 978-2809803310

Répondre à cet article

Histobiblio.com - la bibliothèque de l'Histoire est un site proposé par l'association Historialis

Responsables légaux : Matthieu Boisdron, Renaud Meunier, Nicolas Pavillon

Suivre la vie du site RSS | Plan du site | Refonte par h3w.fr - services internet de proximité à prix libre