Il faut bien admettre que la publication de souvenirs ou de journaux de soldats français de la première guerre mondiale a été particulièrement abondante ces dernières années, notamment depuis l’immense succès populaire qu’ont rencontrées les Paroles de poilus, lettres et carnets du front 1914-1918, ouvrage paru sous la direction de Jean-Pierre Guéno et Yves Laplume (Librio, 1998). Si l’historiographie a profité de cette masse documentaire pour progresser de façon notable, la valeur historique de cet ensemble s’avère en fin de compte très hétérogène. Il faut donc ici souligner l’intérêt que présentent les mémoires d’Henry Olivari publiées sous la direction de Gilbert Eudes par les éditions L’Harmattan dans la collection « Histoire de la défense ».
Effectivement, l’intéressé est un officier supérieur - lieutenant-colonel, plus précisément - dont la mission cryptographique en Russie, particulièrement confidentielle, ouvre à notre témoin des horizons exotiques, qu’il s’agisse du monde diplomatique ou encore celui de la haute société russe. Ces carnets, rédigés en 1934 à partir de notes, brossent également une bien belle galerie de portraits que la liberté de ton de l’auteur rend particulièrement savoureux. Il suffit de lire certaines lignes consacrées à l’ambassadeur Maurice Paléologue pour s’en convaincre. C’est aussi - et surtout - à la Russie tsariste pré-révolutionnaire que sont vouées ces pages. Henry Olivari, sensible aux paysages comme à « l’âme » russe, avoue bien souvent avoir des difficultés à comprendre ce pays et ce peuple mais n’en relève pas moins les difficultés énormes rencontrées par la monarchie pour faire face à la guerre.
C’est enfin le cœur de sa mission - « enseigner aux Russes certaines méthodes » - qui retient bien naturellement les développements d’Henry Olivari. Soulignant les nombreuses querelles intestines qui affectaient la section du chiffre français, le militaire laisse entendre que celles-ci ont beaucoup nui à la collaboration franco-russe lorsque celui-ci évoque les attentes déçues de l’allié russe en la matière. C’est en somme un ouvrage passionnant, particulièrement vivant et souvent drôle que ce témoignage d’un cryptologue français en Russie.
Possibilité de commander en ligne, sur le site des éditions l’Harmattan