Alors que les pays d’Europe de l’Est rejoignent tour à tour l’Union européenne, c’est en fin de compte tout ce qui constituait jadis le bloc de l’Est communiste inféodé à l’URSS qui s’attelle enfin à l’Europe occidentale près de soixante ans après la conclusion de la seconde guerre mondiale. Alors, également, que ces nations commencent tout juste à faire les comptes et à regarder en face leur passé proche et plus lointain, ce livre tombe à point nommé. Il constitue une synthèse plus que précieuse pour qui ignore l’histoire de ces pays dont il n’est aujourd’hui plus possible de s’affranchir complètement. Dans un style clair et précis, Jean-François Soulet - professeur à l’Université du Mirail à Toulouse - retrace quarante-cinq ans de l’histoire de ces pays selon une approche résolument comparative et chronologique.
Du passage au communisme de l’immédiat après-guerre, au temps du communisme des années cinquante, soixante et soixante-dix à l’écroulement du communisme dans les années quatre-vingt, le lecteur comprendra que ces pays réduit à l’état de marches frontières n’ont pas connu un parcours linéaire réductible à la seule politique soviétique. Le poids de l’histoire, des haines héritées depuis la fin de la première guerre mondiale, des expériences fascistes que certains ont pu connaître, viennent s’ajouter à une volonté d’émancipation dont la traduction politique ne s’est pas toujours faite par le biais d’un processus de démocratisation (Tchécoslovaquie, Hongrie, Yougoslavie, Roumanie, Albanie, Pologne). À cet établissement des faits, l’auteur adjoint une analyse complète et pertinente des rouages institutionnels, économiques et sociaux de ces pays dont certains ont immédiatement été intégrés à l’URSS (les pays baltes) et d’autres maintenus dans une indépendance toute relative (Roumanie, Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie, Albanie, Bulgarie).
Egalement professeur d’histoire immédiate à l’IEP de Toulouse, Jean-François Soulet prolonge son étude au delà de la chute du mur de Berlin et considère les soubresauts des années quatre-vingt-dix comme une conséquence directe des difficultés transitionnelles rencontrées par les pays de cette région. Que ces « désatellisations » se fassent par le haut (Pologne, Hongrie...) ou qu’elles soient le fruit d’un mouvement plus populaire (RDA, Tchécoslovaquie...), l’auteur constate que certaines se sont faites sans violence alors que d’autres ont laissé la place à une catharsis vengeresse (Roumanie) ou meurtrière (ex-Yougoslavie). C’est enfin à la marche vers l’Union européenne, au retour de ces pays vers l’Europe occidentale, qu’est consacrée la fin de cet ouvrage. Cette démarche passe par un incontournable retour sur le passé et un travail de mémoire difficile qui, encore aujourd’hui, agite la sphère publique de l’est européen. À intervalles réguliers, quelle femme ou quel homme publique n’est-il pas obligé d’avouer qu’il a plus ou moins collaboré avec l’ancienne police politique ? Se conjuguant à ces traumatismes toujours vifs, les difficultés économiques et sociales qu’ont rencontrées ces pays depuis le début des années quatre-vingt dix ont sinistré l’ancien cadre social et soumis les populations à une forte pression concurrentielle, refroidissant bien souvent l’enthousiasme suscité par la démocratisation.
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