Les Antilles françaises sont victimes, en métropole, d’une certaine condescendance. Zone économique en crise, mais pays doré au soleil au milieu de l’océan, l’archipel a pourtant une Histoire - une Histoire mouvementée, nourrie de tragédies et de revirements, et que nous conte Paul Butel, professeur émérite d’Histoire moderne à Bordeaux.
C’est au XVIIe siècle que, sous l’impulsion du Cardinal de Richelieu, s’amorce la colonisation de cet espace, antichambre des richesses du Nouveau Monde, et place stratégique d’une importance capitale, idéale pour attraper l’Empire colonial espagnol à la gorge. Après l’anéantissement de la population indienne, et grâce à l’esclavage des Noirs (un million de captifs débarquent en Guadeloupe, en Martinique et à Saint Domingue au XVIIIe siècle), une société basée sur la plantation se met en place (sucre, café, tabac).
Il faudrait toutefois éviter le cliché des Blancs exploitant des « Nègres » : si telle était la réalité globale, elle n’en était pas moins plus complexe. Les Blancs n’étaient pas tous riches, et des rivalités opposaient les descendants des colons (les Békés) aux purs métropolitains, malgré une fiscalité spécifique aux Îles. Avec la pratique de l’affranchissement, des « libres de couleur » ont pu peu à peu s’étendre, prospérer même. Le métissage a également joué. Quant aux esclaves, leur traitement variait selon leur lieu de travail, bien plus favorable en ville (forcément portuaire), bien plus éprouvant chez les planteurs. Sous les influences française et africaine, une culture locale se met en place (la langue créole en découlera), même si demeurent les divisions.
La Révolution de 1789 ébranle les colonies françaises. Saint-Domingue obtiendra son « indépendance » dans le sang, mais Martinique et Guadeloupe resteront bon gré mal gré dans le giron français. Le système esclavagiste a été remis en cause, mais n’a pas disparu. L’essor de l’abolitionnisme exacerbe les tensions et le racisme réactionnaire. Mais malgré l’abolition de l’esclavage en 1848, le régime de la plantation demeure en place, pour éviter une débâcle économique, et faute pour les Noirs de posséder des revenus suffisants. Mais l’archipel n’échappera pas à la Révolution industrielle, et l’usine se substituera au champ. Insurrections, instauration du suffrage universel, progression politique des mulâtres, précèdent l’émergence, à la fin du XIXe siècle, d’une élite proprement noire. Mais les difficultés économiques n’en persistent pas moins. Le débat se fait jour sur l’identité antillaise, entre assimilation et autonomie, la première hypothèse se trouvant validée par la départementalisation de 1946. La seconde moitié du siècle se traduit par de nouvelles mutations économiques, la culture sucrière étant dépassée par l’hôtellerie, le tourisme, la banane. La dépendance économique croissante envers la métropole réactive l’autonomisme, non sans dérives racistes.
Le livre de Paul Butel résume clairement les étapes de cette Histoire, éclairant les enjeux actuels des relations entre la métropole et l’archipel. Utile moyen de voir dans la Guadeloupe et la Martinique autre chose que de simples D.O.M. touristiques.
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