La marine militaire française de la fin du XIXe siècle reste, il faut bien l’admettre, peu connue si ce n’est des spécialistes d’histoire navale. Cette période est pourtant cruciale tant la course technologique qui s’engage alors, sous l’impulsion de la révolution industrielle, fait apparaître de nouveaux navires qui vont radicalement faire évoluer le combat sur les mers. La France, puissance continentale, n’en doit pas moins assurer la sécurité de ses côtes et de ses communications avec ses colonies : elle engage donc, un peu tardivement, des moyens. Malgré un programme naval ambitieux né au début du XXe siècle, la première guerre mondiale monopolisera l’effort de guerre au profit de l’armée de terre, laissant aux Britanniques le monopole des mers pour de nombreuses années encore avant que ces derniers ne doivent céder à l’influence grandissante des États-Unis.
Les hésitations premières des gouvernements successifs, après la guerre franco-prussienne, à engager des dépenses navales conduisirent à des retards quant à la construction de nouveaux cuirassés. C’est seulement à l’extrême fin des années 1880 qu’un nouveau programme est mis à l’étude. Après la construction, hasardeuse, de plusieurs bâtiments tous différents, connaissant en outre de graves défauts de conception (la « flotte d’échantillons »), une nouvelle série de trois cuirassés est lancée en 1892, les « Charlemagne », ouvrant enfin la voie à une certaine homogénéité.
Le cuirassé d’escadre Iéna se voulait donc une version améliorée des « Charlemagne ». Ordonnée en 1897, la construction du cuirassé est achevée en 1900. Armé définitivement en 1902, le Iéna rejoint la Méditerranée où il fit toute sa carrière. En 1907, le cuirassé est victime d’une violente explosion qui fit une centaine de morts suscitant un débat médiatique et parlementaire bouillant. Laissant une large place à la catastrophe du Iéna, bien mise en lumière grâce à de nombreux documents d’époque (photographies, témoignages, coupures de presse…), Philippe Caresse s’attarde aussi longuement sur la genèse, les caractéristiques techniques et la carrière opérationnelle de ce navire comme sur celles de son sister ship, le Suffren. Celui-ci, après avoir pris une part active à la campagne des Dardanelles, disparait à son tour en 1916, au large du Portugal, torpillé par un sous-marin allemand, engloutissant tous ses hommes avec lui.
Très bien documenté, appuyé sur une iconographie remarquable, des plans d’époque et des profils en couleurs, ce beau livre ravira les amateurs du genre – friands d’éléments techniques – mais saura aussi intéresser un plus large public qui trouvera dans la relation de la catastrophe du Iéna une passionnante tranche d’histoire, à la lumière d’un fait divers oublié.
Possibilité de commander en ligne sur le site des Éditions Lela Presse