L’Inquisition ! Le mot évoque immanquablement ces interrogateurs retors, dépourvus de pitié, fanatisés au possible, pratiquant la torture pour extorquer l’aveu, et envoyant au bûcher leurs victimes pour la plus grande gloire du Seigneur et de Son Eglise. C’est à ces hommes marqués au fer rouge par leur légende noire que s’est intéressé l’historien Peter Godman, et notamment sur leur rôle joué dans la censure des ouvrages « illicites ». Les victimes, de Giordano Bruno à Galilée, sont bien connues. Place donc à leurs accusateurs. Et la moisson est riche.
Loin d’être cette espèce de Gestapo médiévale solidement organisée, l’Inquisition était un corps malade, sclérosé, divisé. Malade de son dogmatisme, sclérosé par sa bureaucratie, divisé par ses rivalités. Saint-Office, Sacré Palais, Congrégation de l’Index, Inquisition romaine, autant de structures, autant de services, autant d’hommes à l’intelligence variable. Sans compter les intérêts nationaux, entre Romains, Italiens, Espagnols, Français... Bref, une vaste machinerie inapte à tenir compte des avancées scientifiques et artistiques, et dont la complexité bureaucratique ôtait finalement toute efficacité à son contrôle des oeuvres publiées.
L’ouvrage, excellent écrit, de Peter Godman, jette un éclairage nouveau sur le fonctionnement de l’Inquisition romaine et la mentalité de ses membres. De nombreux faits connus font l’objet d’une relecture pertinente, tel que les coulisses du procès Galilée, empreint de mythes et légendes favorables au scientifique. De la Renaissance à la repentance, cinq siècles de censure sont ainsi analysés et éclairent, en retour, notre Histoire présente.
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