La figure d’Hjalmar Schacht symbolise à elle seule la compromission et la collusion des élites traditionnelles conservatrices allemandes avec le nazisme et ses tristes séides. Étudiant en économie, Schacht rejoint le secteur de la finance et se trouve dans la force de l’âge lorsqu’éclate la première guerre mondiale (il est né en 1877). Déjà, sa carrière dans le secteur privé se trouve étroitement liée aux affaires politiques tant le monde de la banque est impliqué aux côtés de l’État au cours du conflit, notamment dans la définition de ses buts de guerre. Schacht participe activement après-guerre à la formation de l’éphémère DDP (Deustsche Demokratische Partei), parti de centre-droit. Nommé commissaire à la monnaie en 1923, il réussit à stabiliser la monnaie allemande par le biais, notamment, de la création du Rentenmark en 1924. Président de la Reichsbank, il démissionne en mars 1930, en désaccord avec la politique gouvernementale, avant de retrouver son poste en 1933 puis de devenir ministre de l’économie du IIIe Reich l’année suivante. Après avoir figuré parmi les accusés au procès de Nuremberg, il est relâché en 1946 et définitivement « dénazifié » en 1950.
Le livre de Frédéric Clavert n’est pas une biographie comme les autres. En effet, l’auteur s’intéresse à la période « nazie » du parcours de Schacht ; c’est-à-dire à ces vingt années (1930-1950) qui le voient successivement se rapprocher des nazis, les servir sans jamais vraiment se mêler à eux et qui s’achèvent enfin par sa « dénazification » dans l’Allemagne fédérale d’après-guerre. À ce titre, l’apport du travail de F. Clavert à l’historiographie de l’Allemagne hitlérienne est intéressant. Centrées sur une période relativement courte de la très longue carrière de Schacht, ces pages montrent effectivement qu’il est bien plus homme politique que simple technicien des questions monétaires et bancaires. Résolument antisémite, informé de l’extermination des Juifs, Schacht reste un conservateur rallié tant par opportunisme que par admiration sincère pour le Führer et son œuvre de restauration de la puissance de l’Allemagne en Europe. Mais conscient de l’évolution du rapport de force, il n’est pas un va-t-en-guerre - quand bien même on lui doit pour une large part le travail de réarmement de l’Allemagne - et saura bientôt prendre ses distances avec le régime en place lors de la seconde guerre mondiale, surtout lorsque la défaite apparaîtra comme inéluctable.
C’est finalement un portrait tout en nuances que brosse Frédéric Clavert, jonglant habilement entre la complexe histoire économique de ces années troublées, une histoire du jeu politique allemand et celle des relations internationales du temps.
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