Le cinéma américain a acquis une telle place dans l’imaginaire collectif qu’Hollywood s’est vue décerner le surnom de « Mecque du cinéma mondial ». De fait, la problématique de ses liens avec le pouvoir politique des Etats-Unis a toujours revêtu une importance capitale. En contribuant, dès le temps du muet, à l’émergence d’un sentiment d’appartenance nationale (voir le très patriotique, et très raciste aussi, Naissance d’une Nation, de D. W. Griffin), le grand écran est vite apparu comme une puissance politique à part entière, doublée d’un immense réservoir de capitaux. Après la très efficace propagande pour l’effort de guerre est néanmoins venue l’ère du soupçon, le maccarthysme traduisant une volonté politique de prendre le contrôle de cette nouvelle industrie. Cette épreuve de force se traduira par un réel malaise artistique, accouchant des années de contestation propres aux années 60 et 70, avant le retour en force de l’intellectualisme républicain dans les années 80, à l’occasion de l’évolution du marché, des circuits de distribution, et des attentes du public.
Ces rapports tourmentés du cinéma à la politique - et réciproquement - ont abouti à brouiller la frontière entre l’image et le réel, comme le démontrent B. Courmont et E. Bénézet. Tandis que le grand écran met en scène le Président ou le Congrès, ou encore les agences gouvernementales, les politiciens répugnent de moins en moins à recourir aux artifices issus du 7ème art pour valoriser leur apparence et légitimer leurs campagnes. L’ambiguïté des liens tissés entre les pouvoirs politique et artistique contribue à promouvoir une certaine idée de l’Amérique qu’aucune autre puissance ne peut revendiquer. Symbole de cette équivoque, le « retour à l’envoyeur » orchestré par Al Qaeda le 11 septembre 2001, et l’instrumentalisation de la destruction du World Trade Center laisseront un instant croire qu’Hollywood prohiberait désormais la violence à grand spectacle. C’était mal connaître les attentes du public. En définitive, le cinéma américain s’intègre bel et bien dans un ensemble d’éléments hétérogènes fondant à l’heure actuelle la puissance américaine, pour autant que, comme en matière institutionnelle, se maintienne un équilibre entre l’art et le pouvoir...
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