« Jean a de longues moustaches »… « Il fait chaud à Suez », « Grand-Mère mange nos bonbons », « Mon petit ours en laine blonde / trotte à cette heure par le monde »... La plupart des « messages personnels » de la B.B.C., conçus pour transmettre des informations codées à la Résistance, ont si bien marqué l’atmosphère de l’Occupation qu’ils en ont acquis une résonance intemporelle, en particulier le plus célèbre d’entre eux, le vers des « sanglots longs », tiré du poème de Verlaine, et annonçant le Débarquement du 6 juin 1944.
C’est en septembre 1941 que le premier message personnel codé, « Lisette va bien », est émis à destination de la France. Jusqu’à présent, l’émission française de la B.B.C. s’était contentée, entre autres émissions de propagande, de faire passer des messages émanant de Français ayant réussi à rejoindre la France libre, et cherchant à rassurer leurs proches à cet égard. Le colonel britannique Buckmaster, chef de la section française du S.O.E. (service spécial britannique chargé d’organiser la guérilla anti-allemande en Europe occupée), aura l’idée d’utiliser la radio pour contacter ses réseaux, d’où la multiplication de ces messages particuliers, rédigés dans un style volontiers absurde pour également amuser les auditeurs qui, eux, prenaient des risques à les entendre. Autant dire que l’écoute de ces messages n’a pas seulement constitué un instrument de contact entre Londres et la Résistance, mais a représenté aussi, pour ces Français qui recherchaient dans la B.B.C. un moyen d’échapper à la vulgate officielle de Radio-Paris, un voyage vers l’imaginaire, une promesse de libération.
Parce que rarement la poésie n’a été à ce point synonyme de liberté, Vincent Cuvellier a eu l’idée de remettre certains de ces messages personnels au goût du jour. Nous redécouvrons ces phrases énigmatiques par le biais d’un petit garçon de l’Occupation, lequel se met à imaginer – car l’imagination des petits garçons est sans limite – ce qu’elles impliquent, servi en cela par les illustrations rêveuses d’Anne Herbauts. Sensible et émouvant, ce petit livre, destiné aux enfants à partir de 8 ans, inclut également une fiche explicative rédigée par l’historienne Aurélie Luneau et éditée sous forme de quotidien de l’époque, ainsi qu’un C.D. composé à partir des archives sonores de l’I.N.A. Dans le concert des commémorations de l’Appel du 18 juin, voilà un ouvrage original, qui intéressera aussi bien les enfants que les adultes.
Pas de vente par correspondance, commander cet ouvrage sur Amazon.fr![]()