Inspiré d’une thèse de doctorat soutenue en 2006 à l’Université de Neuchâtel, l’ouvrage de Michel Fior a l’ambition de proposer « une économie politique historique » (EPH) de la Société des Nations, notamment par l’intermédiaire du rôle de l’organisation internationale dans le processus de reconstruction financière de l’Europe au cours des années vingt. La démarche de l’auteur, interdisciplinaire, « considère l’économique, le politique et l’historique non pas comme des perspectives complémentaires, mais comme un seul et même espace de connaissance ». De fait, ce travail - au-delà de son intérêt intrinsèque - propose une méthode ou plutôt un cadre conceptuel novateur et original, largement inspiré par les acquis récents de la recherche, plus particulièrement anglo-saxonne.
Ainsi, la refonte par l’auteur du cadre épistémologique dominant, à la lumière des renouvellements théoriques de la science politique, permet de livrer au lecteur un ouvrage qui se démarque nettement des travaux historiques plus « traditionnels » par leur approche et leurs problématiques. Considérant que, dans le processus de reconstruction, l’acteur qu’est la SdN a été trop longtemps négligé, Michel Fior cherche à réexaminer son rôle « en dehors des analyses classiques sur les rivalités entre les grandes puissances, la sécurité collective, le désarmement, ou le jeu à somme positive de la coopération internationale ». Avec la volonté de se démarquer de la « légende noire » qui colle encore à l’image de la Société des Nations, l’auteur s’intéresse surtout à la coopération et à la crédibilité internationales portées par l’institution. En effet, sur le plan de la coopération, le Comité financier de la SdN « participe à un vaste effort de restauration libérale concertée ». Dans ce contexte, le rôle des élites financières apparaît central. La rigueur monétaire et budgétaire imposée aux pays en reconstruction éclaire, quant à elle, la nature et les fondements de sa crédibilité.
La problématique centrale de Michel Fior s’articule autour du « processus d’élaboration, de légitimation et de diffusion de l’orthodoxie financière qui a habité le projet social de reconstruction européenne. » Son objet est de montrer de quelle façon la SdN a contribué « à mettre en place des conditions idéologiques et institutionnelles propices à la circulation transnationale des capitaux ». La mise en ordre d’un système économique et financier n’est donc pas le seul objet de ce livre. La constitution d’un ordre social et d’une idéologie sont aussi au centre de l’analyse de l’auteur. Parfois ardues, ces pages sont intellectuellement stimulantes et jettent sur la SdN et son action un regard résolument novateur.
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