Rochus Misch est le dernier témoin vivant qui côtoya Hitler de 1940 à 1945. Il fit partie des SS de son entourage chargés, avec les autres hommes du Begleitkommando, de la bonne marche des communications entrantes et sortantes. Ses activités l’amenaient ainsi à distribuer les messages dans la chancellerie. Il dut s’occuper, entre autres tâches, du standard téléphonique, puis assuma les mêmes obligations dans le bunker, qu’il fut d’ailleurs l’un des derniers à quitter, juste avant l’arrivée des Russes. Capturé par ces derniers en 1945, il subit alors un traitement musclé, composé d’interrogatoires et de tortures. Durant toute la période de la guerre, il ne participa qu’à la campagne de Pologne, pendant laquelle il reçut de graves blessures, ce qui favorisa son intégration au personnel de la chancellerie.
Contrairement à d’autres témoignages, particulièrement nombreux depuis quelques décennies, celui-ci commence dès 1940, et fourmille d’informations concernant le fonctionnement pratique de la tête du troisième Reich. Les propos, recueillis par Nicolas Bourcier, journaliste au Monde, sont parfois approximatifs, mais toujours recadrés par l’homme de presse, qui visiblement a lu de nombreux ouvrages sur le sujet, afin de vérifier les propos de l’ancien SS. Celui-ci a pu accompagner Hitler dans ses déplacements, et sa mission de serviteur permanent du chef nazi l’obligeait régulièrement à se poster à quelques mètres du Führer. De ce fait, il fut témoin de moult réunions, et entendit de précieuses informations ou bruits de couloir circulant dans l’entourage des hauts dignitaires de l’Allemagne.
Le témoignage de Rochus Misch diffère parfois sensiblement de ses semblables. Ainsi, son récit des derniers jours au sein du bunker ne ressemble guère aux scènes de décadence et de beuveries que l’on a coutume de lire, même s’il confirme l’alcoolisme de certains. Mais dans l’ensemble, ses paroles sont assez cohérentes avec ce que l’on sait de la vie d’Hitler. Un passage intéressant raconte ce qu’il a vu de l’affaire Hess et met en exergue le récit des proches du numéro 3 du régime nazi, qui abonde dans le sens d’une action autonome, trouvant sa source dans la volonté hitlérienne de conclure la paix avec la Grande-Bretagne. Selon lui, Hess était même parfaitement responsable de ses actes.
Dans l’ensemble, l’ouvrage apporte une foule de détails concernant l’organisation des différents bâtiments qu’occupait Hitler. De la chancellerie au Berghof, ou du Wolfsschanze au bunker, Rochus Misch accompagna Hitler et ses proches presque à chaque fois. Cela l’amena à fréquenter des généraux, des ministres, mais aussi Eva Braun, dont il brosse un portrait émaillé d’anecdotes intéressantes. Il dit aussi pourquoi certains furent immédiatement envoyés au front, après avoir commis une erreur irréparable aux yeux du Führer. Il commente enfin la discrétion du régime sur la question juive, et la lente et irrémédiable descente vers la défaite totale du troisième Reich.
Bien sûr, on peut penser que le témoignage de Rochus Misch est partial, ce qui est d’ailleurs fort possible. C’est aussi pour cela que Nicolas Bourcier renvoie régulièrement le lecteur vers d’autres sources. Le témoignage n’en est pas pour autant dénué d’intérêt, et propose un nouvel éclairage sur le sommet du régime nazi.
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