De formation scientifique, ancien journaliste de politique extérieure (1907-1924), premier ambassadeur de France à Moscou (1924-1931), Jean Herbette apparaît comme une figure originale du corps diplomatique de son temps. Son parcours antérieur, sa nomination politique à 46 ans au poste d’ambassadeur - alors qu’il n’a effectivement pas suivi le cursus honorum de la « carrière » - font de cet homme un personnage à part, un « intrus », voire un « franc-tireur ».
Pour ces raisons, et à la différence de ses prestigieux collègues (André François-Poncet, Léon Noël, René Massigli, Alexis Léger...), il est resté dans l’ombre alors que sa nomination comme représentant de la France en Espagne (1931-1937) l’a placé face à une guerre civile dont les enjeux ont immédiatement été clairs pour l’ensemble des observateurs. Les historiens eux-mêmes ont - après-guerre et jusqu’à aujourd’hui - ignoré, voire négligé Jean Herbette et son action.
C’est un homme pragmatique, profondément attaché à la garantie des intérêts de la France, que donne à voir Yves Denéchère dans son livre. Anti-bolchevique convaincu, il est pourtant partisan de la reconnaissance du régime bolchevique par Paris avant de plaider la cause de Franco, malgré le soutien qu’il a auparavant apporté au gouvernement républicain de gauche. Cette position explique son rappel par le gouvernement du Front Populaire qui le juge trop favorable à la cause nationaliste. De fait, il devient le symbole des incohérences et des hésitations de la politique espagnole du gouvernement français de l’époque.
C’est tant l’homme que son travail au sein du Quai d’Orsay qui sont pour la première fois dévoilés. La quasi absence de papiers personnels n’a pas facilité le travail de l’historien. Malgré ces difficultés, le corpus d’archives du Quai permet de constater la cohérence de l’œuvre de Jean Herbette et l’érudition certaine du personnage : ses positions ne sont pas exemptes d’un opportunisme tout diplomatique - la Realpolitik inspire très clairement Herbette - et d’une « absence de permanence politique ». S’il n’a pas été un personnage clef de la diplomatie française de l’entre-deux-guerres, Jean Herbette n’en reste pas moins un des ambassadeurs européens importants de cette époque troublée, malgré ce que l’historiographie a pu en dire (ou ne pas dire).
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