Entre 1824 et 1826, Amable-Guillaume-Prosper Brugière (1782-1866), baron de Barante, homme politique, pair de France et historien, publia les 13 volumes de l’Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois. L’ouvrage que nous proposent les Editions Grancher est une biographie de Jeanne d’Arc compilée à partir de cette œuvre magistrale qui valut à son auteur un siège à l’Académie Française.
Tout au long du livre, le lecteur suit pas à pas les faits et gestes de la Pucelle d’Orléans tel un fidèle frère d’arme. Il l’accompagne à Chinon pour rencontrer le futur Charles VII, lit par-dessus son épaule alors qu’elle écrit un ultimatum empli de conviction d’inspiration divine au roi d’Angleterre Henri VI et au duc de Bedford, soutient la jeune femme quand elle tient tête aux grands seigneurs de France, court à ses côtés pendant les nombreux assauts qu’elle mena en personne, et loue son courage durant les souffrances des derniers moments de sa courte vie. A vrai dire, on lit cet ouvrage comme un récit.
Le style employé par Prosper de Barante, ici conservé, est plus proche du roman que de la biographie historique. D’ailleurs, n’a-t-il pas choisi pour épigraphe : Scribitur ad narrandum non ad probandum (Ce livre est écrit pour raconter une histoire, pas pour la démontrer) ? Le lecteur averti ne trouvera donc dans l’ouvrage que de rares dates précises, peu de détails sur les événements de ce temps et aucune analyse raisonnée des faits. Au contraire, tout est centré sur la légende de la jeune bergère élue de Dieu et ses exploits, sans remise en question des lieux communs et avec un parti pris non dissimulé. C’est ainsi. Il faut parcourir les pages de l’œuvre en connaissance de cause et se laisser porter par l’élan de l’écrivain. C’est une invitation à côtoyer et à admirer l’héroïne de la Guerre de Cent Ans que fut Jeanne et un éloge à sa ferveur religieuse, en aucun cas une référence pour l’historien.
Le livre est plaisant à lire pour le néophyte ou l’amoureux de la petite bergère de Donrémy et nous replonge autant dans la légende historique du XIVe siècle que dans la lutte entre cléricaux et anticléricaux du XIXe siècle. C’est peut-être ce dernier point, et celui du renouveau de l’histoire patriotique de l’âge des nationalismes, qui donne encore matière à réfléchir pour les historiens actuels.