William L. Shirer est l’un des plus grands témoins du XXème siècle. La lecture des écrits de ce journaliste lucide et perspicace est d’autant plus indispensable qu’il sait, lui, de quoi il parle. D’août 1934 à décembre 1940, il a été affecté en Europe centrale, et notamment Berlin, capitale du IIIème Reich, qu’il devra quitter en décembre 1940, de plus en plus écoeuré par la censure nazie.
William Shirer est, certes, surtout connu pour sa volumineuse histoire du nazisme, Le Troisième Reich - des origines à la chute, publié voici cinquante ans, constamment réédité depuis (et chroniqué sur notre site. Ses Mémoires, Les Années du Cauchemar, ont également été réédités, par Tallandier (voir notre recension. Il manquait toutefois, à ces initiatives éditoriales, la réédition de son Berlin Diary, publié en anglais et en français (au Canada) pendant la Deuxième Guerre Mondiale. A ce titre, il faut féliciter les éditions des Presses universitaires de Laval d’avoir procédé à cette réédition. L’on regrettera certes l’absence de notes critiques, mais il s’agit là du seul reproche que l’on pourrait adresser à un ouvrage passionnant en soi, et d’ailleurs précédé d’une introduction de quarante pages rédigée par Michael Luick-Thrams.
Ainsi, jour après jour, Shirer nous fait connaître sa découverte d’un autre monde - celui de l’Europe des totalitarismes. A ce titre, il sait être un fin observateur des événements qui président à la nazification - déjà bien aboutie à ses yeux - de l’Allemagne, sachant conserver intacte sa capacité d’indignation. Il constate notamment à quel point la terreur nationale-socialiste, bien présente, n’explique pas totalement le ralliement populaire au régime hitlérien, et est l’un des premiers à tenter d’expliquer la nature d’un tel consensus. Bien sûr, il exprime le point de vue, parfois naïf, de l’Américain qui ne connaît pas toutes les subtilités de la vieille Europe, ce qui explique quelques remarques discutables sur la mentalité allemande, qui nourriront d’ailleurs ses réflexions ultérieures. Mais il est rare de voir, dès cette époque, un individu s’interroger à ce point sur les mécanismes de l’hitlérisme sans bénéficier du recul de l’historien.
Le Journal s’emballe à partir de 1938, date des premières conquêtes du Führer. Nous assistons, par les yeux du reporter américain, à l’Anschluss, à la crise des Sudètes, à l’invasion de la Pologne, à celle de l’Europe de l’Ouest, et à la Bataille d’Angleterre, ainsi qu’aux premiers raids de la R.A.F. sur les villes allemandes - dont Berlin. A l’époque, Shirer s’efforce de rester optimiste, croit en la fermeté occidentale, du moins en la supériorité de ses troupes, même s’il lui faut admettre que les forces militaires allemandes affichent un réel danger. Avec lui, nous découvrons la manière dont la société allemande se trouve, petit à petit, plongée dans une guerre pour laquelle elle ne manifeste aucun enthousiasme, et qui, lorsque Shirer quitte Berlin en 1940, revêt de plus en plus un caractère total.
Ce livre, avons-nous écrit, est donc indispensable. Témoignage pris sur le vif, il est également un remarquable livre d’Histoire - à actualiser au regard de la vaste bibliographie consacrée au nazisme, bien sûr - outre que, déjà, Shirer savait aussi manier la plume...
Pas de vente par correspondance, commander cet ouvrage sur Amazon.fr![]()