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Juin 40. La négociation secrète

Les communistes français et les autorités allemandes

Jean-Pierre Besse & Claude Pennetier

L’événement est connu - du moins le croit-on. En juin 1940, alors que la France n’avait pas encore mis bas les armes, des dirigeants communistes entamaient à Paris avec le vainqueur nazi des négociations visant à assurer la reparution de L’Humanité, interdite de diffusion sous le gouvernement Daladier, le P.C.F. ayant fait les frais - à tous les niveaux - du Pacte germano-soviétique. Si cette prise de contact n’aboutira pas, elle n’en suscitera pas moins une ardente controverse liée à la place que le « Parti des 75.000 fusillés » revendiquait dans la mémoire résistante.

Pourtant, de nombreuses questions demeuraient posées. L’initiative émanait-elle de communistes isolés, en l’occurrence Maurice Tréand, chef redouté de la commission des cadres ? Ou au contraire ce dernier n’avait-il fait qu’obéir aux ordres de sa hiérarchie ? Comment d’ailleurs définir cette dernière, sachant que le Parti était divisé par le Pacte, affaibli par la répression républicaine, dispersé à travers la France par l’invasion ? Quid de certains dirigeants, tels que Maurice Thorez (réfugié à Moscou), Jacques Duclos (qui avait supervisé l’action de Tréand à Paris), Benoît Frachon, qui avait fui la capitale avec la direction parisienne devant l’avance allemande ? Quel rôle avait joué le Komintern ? Quel était le contenu même des termes de l’offre, ou des offres, émanant de Tréand ? Quelles furent les réactions des militants communistes ? Et surtout, pourquoi les négociations échouèrent-elles ?

Claude Pennetier et Jean-Pierre Besse, après une minutieuse enquête basée sur des archives récemment mises à jour, apportent quelques réponses - lesquelles ont d’ailleurs causé quelques remous à l’extrême-gauche de l’échiquier politique français. Au terme d’une analyse remarquable, ils parviennent à restituer les événements dans leur contexte, celui d’une guerre dans laquelle le P.C.F. peine à s’y retrouver. Après plusieurs années d’antifascisme, cadres et militants eurent à faire face, chacun à leur manière, au spectaculaire revirement diplomatique du 23 août 1939. La répression politique entamée par le gouvernement Daladier aggrava la situation logistique de l’appareil, qui perdit dans l’affaire plusieurs de ses membres mis en détention, de même que ses organes de propagande (car contrairement à la légende, l’entrée en clandestinité fut tourmentée). Le malaise moral était sans doute le plus terrible, le Parti devant à la fois militer pour la paix et faire consciemment ou non le jeu de l’Allemagne nazie, alliée de circonstance de l’U.R.S.S.

Juin 40 fut le point d’aboutissement, de ces dérives. Moscou, par le biais du Komintern et l’ambassade soviétique en France, avait vaguement inculqué la stratégie à adopter à Jacques Duclos et Maurice Tréand, de retour à Paris après un exil en Belgique, tandis que la direction parisienne avait quitté la ville peu de jours auparavant. Les Allemands occupaient la capitale, la République s’effondrait. L’occasion était trop belle de reconstituer la structure et la propagande du Parti, mises à mal par les autorités françaises depuis septembre 1939, outre d’obtenir libération des « camarades » emprisonnés. Et quel symbole que la reparution de L’Humanité ! Tréand alla même jusqu’à introduire des considérants antisémites dans son plaidoyer auprès des Allemands. Lesquels avaient également intérêt à négocier un tel accord, qui leur faciliterait, pensaient-ils, la reprise en main de la population en attendant de futures combinaisons politiques et diplomatiques.

Mais lesdites négociations traînèrent en longueur, n’aboutirent pas aux résultats immédiats escomptés. Les tensions s’aggravaient au sein du P.C.F. Le Komintern lui-même, conscient que les contacts avec les Allemands étaient bien plus problématiques que prévu, donna une fois de plus l’impulsion à la politique locale du Parti, mais cette fois en mettant fin aux pourparlers, début août 1939.

L’ouvrage, remarquablement complet et fort heureusement nuancé, expose avec intelligence les projets des uns, les attentes des autres, les malentendus et les rapports de force qui présidèrent à cette tentative de remake parisien du Pacte Molotov-Ribbentrop. L’examen de la situation à Moscou eût sans doute nécessité davantage d’éclaircissements, au regard des rôles respectifs joués par Staline, Dimitrov (chef de l’Internationale), André Marty et Maurice Thorez, dont les violons étaient visiblement très loin d’être accordés. Il n’empêche que voici enfin un livre d’Histoire sur ce sujet qui trop longtemps a laissé la place à la polémique politicienne, aux dépends de la vérité.

Nicolas Bernard

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Titre : Juin 40. La négociation secrète
Auteurs : Jean-Pierre Besse & Claude Pennetier
Editeur : Editions de l’Atelier
Nombre de pages : 208
Publication : novembre 2006
Prix : 14,90 €
ISBN : 978 2 7082 38664

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