| www.histobiblio.com souhaite la bienvenue à tous nos visiteurs. | Suivre la vie du site  RSS

L’Hécatombe des Fous

Isabelle von Bueltzingsloewen

Dès le début de l’Occupation, la France est soumise à un véritable pillage de toutes ses ressources par l’Allemagne. Cette exploitation s’attaque notamment au riche potentiel alimentaire de notre pays, entraînant une pénurie telle que les Français se nourriront beaucoup moins bien que les ressortissants d’autres régions européennes sous la botte nazie, en particulier en Hollande et en Bohême-Moravie. Cette disette reste l’un des aspects les plus inoubliables de la période, dans la mesure où elle s’est traduite par une réelle malnutrition emportant des conséquences non négligeables sur l’état de santé de toute une génération. Mais pour les laissés-pour-compte du régime de Vichy, le résultat a été bien pire, et à cet égard, le cas des patients internés dans les hôpitaux psychiatriques s’est révélé emblématique. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux, en effet, sont morts entre 1940 et 1944, des suites de cette pénurie.

Dans les années 80, deux auteurs, Pierre Durand dans Le Train des Fous (Messidor, 1988), et Max Lafont (thèse de doctorat publiée en 1987) ont décrété que le régime de Vichy aurait mis en oeuvre un "génocide des fous", au sens où, à l’instar de l’Allemagne nazie, il aurait mené une politique d’extermination délibérée, par famine et mauvais traitements, des malades mentaux. Dès la publication de ces allégations, qui avaient au moins le mérite de susciter le débat, les historiens avaient été en mesure de souligner l’absence de preuve d’un tel programme éliminationniste. L’historienne Isabelle von Bueltzingsloewen a dès lors repris l’enquête, pour en publier les résultats en 2007, dans un ouvrage présentement réédité en format poche.

Réfutant la thèse du génocide, elle soutient que le rationnement mené par Vichy, découlant du pillage alimentaire de la France, a abouti à une réduction catastrophique des rations allouées aux hôpitaux psychiatriques dès 1940, ce qui a divisé le milieu des psychiatres, une minorité déniant tout rapport de cause à effet entre le rationnement et l’envolée des statistiques mortuaires, la majorité s’inquiétant au contraire suffisamment pour alerter l’Etat français, qui, cependant, ne décidera qu’en décembre 1942 d’augmenter les rations. La famine ne cessera pas, mais sera beaucoup plus limitée à compter de 1943.

On peut donc parler de négligence, la qualifier même de criminelle, mais il ne s’agit pas, encore une fois, et quoique la différence soit ténue, de génocide, au sens de planification d’un meurtre de masse visant un groupe particulier. En toute hypothèse, le fait démontre que contrairement aux allégations vichystes, des dizaines de milliers de Français sont bel et bien morts de faim sous l’Occupation. En ce sens, le livre d’Isabelle von Bueltzingsloewen, digne retour aux sources historiques, a permis de faire le point sur cette controverse.

Nicolas Bernard

- Pas de vente par correspondance, commander cet ouvrage sur Amazon.fr

Titre : L’hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l’Occupation
Auteur : Isabelle von Bueltzingsloewen
Editeur : Flammarion
Collection : Champs
Nombre de pages : 520
Publication : mars 2009
Prix : 12 €
ISBN : 978-2081224797

Histobiblio.com - la bibliothèque de l'Histoire est un site proposé par l'association Historialis

Responsables légaux : Matthieu Boisdron, Renaud Meunier, Nicolas Pavillon

Suivre la vie du site RSS | Plan du site | Refonte par h3w.fr - services internet de proximité à prix libre