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L’assassinat d’Henri IV

Mystères d’un crime

Jean-Christian Petitfils

Qui a tué Henri IV ? La question paraît absurde, tant la réponse, répétée inlassablement par nos manuels scolaires, est évidente : Ravaillac, bien sûr ! Le « bon Roi Henri », aimé de ses sujets, ne pouvait avoir été assassiné que par un demi-fou, un fanatique, agissant seul, perdu dans ses chimères extrémistes. Ce qui n’a nullement empêché certains, dès le premier jour, de se demander si la folie et le poignard de Ravaillac n’avaient pas été guidés par des commanditaires autrement plus discrets et plus puissants.

Il est vrai qu’à cette époque, Henri IV gênait du monde. La France était à peine pacifiée, après plusieurs décennies de guerre civile, et bien des catholiques en voulaient au monarque, d’origine protestante. L’Espagne redoutait ce prince qui remettait en cause sa suprématie. L’épouse du roi elle-même, Marie de Médicis, a été suspectée : ne venait-elle pas d’être sacrée Reine de France, ce qui l’autorisait à assurer la régence en cas de décès inopiné de son auguste époux ? Et si ce n’était elle, ne pourrait-on pas se tourner vers ses éminences grises, Concino Concini, et Elonora Galigaï ? Plus récemment, les accusations portées par une fille perdue, Mme d’Escoman, dans les années suivant le meurtre, ont refait surface, sous la plume de Philippe Erlanger, dont les conclusions ont été reprises dans l’émission télévisée d’Alain Decaux et André Castelot, La caméra explore le temps : les coupables ne seraient autres que le Duc d’Epernon et Henriette d’Entragues, marquise de Verneuil, ancienne favorite d’Henri IV.

Difficile de s’y retrouver, parmi ces différentes théories, ce d’autant que l’étude de référence sur l’assassinat, celle de Roland Mousnier (rééditée chez Gallimard dans la collection « Les journées qui ont fait la France ») se penchait davantage sur la problématique du tyrannicide que sur le « fait-divers » lui-même. Cette faille bien surprenante, l’historien Jean-Christian Petitfils, biographe de Louis XIV et de Louis XVI, mais aussi féru de mystères historiques (il a consacré un remarquable ouvrage à l’énigme du Masque de Fer), a courageusement essayé de la combler, en menant une enquête infiniment plus poussée que ses prédécesseurs. Ce qui lui permet, par un travail rigoureux à la source, de réfuter la totalité des thèses conspiratrices énoncées avant lui. Mme d’Escoman, dont les accusations seront à l’origine de la thèse la plus crédible, celle accablant le Duc d’Epernon, était en fait une mythomane, une intrigante, ses déclarations étant émaillées de contradictions et d’inexactitudes. On oublie, ou on ignore trop souvent, que le Duc d’Epernon, présent dans la voiture du Roi, a ordonné que Ravaillac soit pris vivant, alors qu’il avait au contraire tout intérêt à ce que l’assassin disparaisse s’il s’était servi de lui.

Pour autant, M. Petitfils ne se rallie pas à la version traditionnelle de l’affaire, reposant sur la seule culpabilité de Ravaillac. Bien au contraire. Ses recherches l’ont conduit à identifier une conspiration tout à fait réelle, née de la peur de ses commanditaires devant l’invasion des Pays-Bas espagnols que préparait activement Henri IV, et qui semble avoir expédié un ou plusieurs tueurs à Paris pour se débarrasser du monarque français. Ravaillac, l’esprit énervé par les appels au régicide formulés par bien des opposants à la politique henricienne, les aurait ainsi devancés, à moins qu’il n’ait croisé leur route et ait pu être convaincu par eux d’agir. Le fait est que Ravaillac clamera jusqu’au bout avoir agi seul, ce qui n’interdit pas de penser qu’il ait pu être manipulé à son insu, ou qu’il ait anticipé une opération de plus grande envergure. Troublante est en effet cette coïncidence qui veut que le meurtrier ait frappé à l’instant le plus favorable qui soit pour les ennemis du Roi : après le sacre de Marie de Médicis, et avant son départ pour l’armée d’invasion des Pays-Bas. La mort d’Henri IV allait donc permettre au parti catholique de faire main basse sur la France, prévenant définitivement tout risque de guerre avec l’Espagne et l’Autriche.

L’hypothèse de Jean-Christian Petitfils est ainsi persuasive, même si contrairement au bandeau rouge proclamant « l’énigme enfin résolue », de nombreuses questions demeureront probablement à tout jamais irrésolues. En tout état de cause, le livre ne classe pas l’affaire, mais permet sans doute d’y voir plus clair.

Nicolas Bernard

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Titre : L’assassinat d’Henri IV. Mystères d’un crime
Auteur : Jean-Christian Petitfils
Editeur : Perrin
Nombre de pages : 330
Publication : septembre 2009
Prix : 20,90 €
ISBN : 978-2262029876

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