L’histoire des « années sombres » a engendré une telle littérature d’inégale facture qu’il est difficile de s’y retrouver, et surtout de ne pas être contaminé par les idées reçues. A ce titre, cet Atlas constitue un instrument de travail de premier ordre, outre de se révéler une synthèse qui devrait satisfaire le grand public. Composé par des spécialistes renommés de la période (Laurent Joly, Gaël Eismann, Jean-Luc Leleu, Jean Quellien, Olivier Wievorka, Eric Alary, etc.), ce vaste album a pour objectif de retracer les destinées de notre pays, de l’agonie de la paix à la Libération et l’après-guerre, en nourrissant l’analyse de cartes et de statistiques restituées sous forme de graphiques.
Les grandes thématiques de l’époque font ainsi l’objet d’études ayant le mérite d’être à jour de l’historiographie, tout en prodiguant une masse considérable d’informations de manière fort claire : entre-deux-guerres (démographie, populations étrangères, fait religieux, puissance économique…), conflit et débâcle (affrontements de mai-juin 1940, exode), exploitation et pillage de la France par l’Allemagne (analyse région par région, administrations germano-italiennes, collaboration économique, prisonniers de guerre, S.T.O.), instauration d’un régime autoritaire à Vichy (vote parlementaire du 10 juillet 1940, structures étatiques), vie quotidienne (pénurie, moyens d’informations, natalité…), résistances, répression, persécutions (plusieurs chapitres intéressent la « Solution finale »), Libération, après-guerre et, idée excellente, mémoire du conflit. Bien des sujets méconnus sont abordés, des différentes agences allemandes d’occupation à la caractérisation des faits de résistance (attentats, sabotages, réseaux d’évasion…), et qu’il est impossible de résumer ici.
Comme tous les grands ouvrages, celui-ci n’échappe pas à la critique. L’Empire colonial français n’est pratiquement pas évoqué, alors que des pages particulières consacrées à l’Indochine et à l’Afrique du Nord n’auraient pas déplu. Une analyse du pacifisme des années trente n’aurait pas non plus été de trop. Il est vrai – et la distinction est opposée dès l’entrée en matière de l’ouvrage – que ce dernier n’a pas une vocation encyclopédique.
L’Atlas de la France pendant la Seconde Guerre Mondiale reste tout de même l’un des événements éditoriaux de cette année 2010, et, de par sa facilité d’utilisation, devrait permettre à tout un chacun d’espérer comprendre un peu mieux les complexités de l’Occupation, de ses causes à son legs mémoriel.
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