| www.histobiblio.com souhaite la bienvenue à tous nos visiteurs. | Suivre la vie du site  RSS

La Roumanie des années trente

De l’avènement de Carol II au démembrement du royaume (1930-1940)

Matthieu Boisdron

La recension de ce titre compte une double critique.

Engagée successivement dans deux conflits mondiaux et plusieurs fois envahie, passant de la botte fasciste à celle du communisme jusqu’à la révolution de 1989, la Roumanie aujourd’hui membre de l’Union Européenne n’a sans doute jusqu’à ces dernières années jamais pu trouver la stabilité nécessaire à des lendemains prospères et apaisés. Au cours de cette histoire tragique, l’entre deux guerres représente une phase particulièrement critique. Vainqueur esseulé au milieu d’un océan de vaincus en 1918, la Roumanie voit ses frontières s’étendre et fait dès lors figure de véritable puissance régionale sous l’aile d’une France auréolée de manière éphémère de la victoire chèrement acquise sur l’Allemagne.

L’histoire de la « Grande Roumanie » des années 1930, sujet de l’ouvrage de Matthieu Boisdron, est avant tout celle de l’échec d’un homme à la personnalité et aux actes controversés. Monté sur le trône en 1930 de manière rocambolesque au détriment de son propre fils et tenté par un autoritarisme gage de stabilité, le roi Carol II est rapidement en butte à l’insoluble conjonction d’une crise économique majeure, de l’appétit des puissances totalitaires montantes contre lesquelles la garantie occidentale s’étiole peu à peu et des soubresauts politiques liés notamment aux fascistes de la « Garde de fer ». L’éclatement de la Petite entente en 1936 et un rapprochement avec Hitler achèvent de placer le pays sur une pente fatale qui mènera à l’installation du régime Antonescu, au démembrement de 1940 et à l’entrée en guerre contre l’URSS en 1941.

Ce que nous livre Matthieu Boisdron dans cet ouvrage agrémenté de nombreuses annexes et d’un indispensable index n’est rien de moins qu’une étude à la fois claire et concise mais aussi d’une érudition sans faille et d’une parfaite fluidité de cette période de transition fondamentale de l’histoire roumaine. Par ce prisme, le lecteur ne manquera pas d’observer l’image des sombres années qui menèrent l’Europe au bord de l’abîme.

Vincent Bernard



Comme le remarque pertinemment Bertrand Joly, auteur de la lumineuse préface de cet ouvrage, « c’est l’histoire d’un échec que Matthieu Boisdron retrace pour nous dans le présent livre ». Echec de la démocratie, d’abord, puisqu’elle sera effacée de Roumanie malgré les progrès parlementaires réalisés après la Grande Guerre. Echec politique ensuite, puisqu’un gouvernement d’extrême droite prendra finalement le pouvoir à Bucarest. Echec diplomatique enfin, puisque la France, premier allié de la Roumanie, ne sera pas capable de l’empêcher de rallier - non sans arrière-pensées - l’Allemagne nazie. Les années trente ont mis fin à l’évolution favorable des années vingt.

Pour des raisons externes, tout d’abord. La crise économique mondiale frappe un royaume loin d’être modernisé, dont l’économie reste majoritairement agricole (et sur ce point arriérée), ce alors que le système fiscal se révèle inefficace et que le manque de capitaux et d’équipements obère toute politique d’investissement. Chômage chez les ouvriers, endettement des paysans, déficits publics créent une situation difficile dont les différents cabinets politiques s’avèrent incapables d’extraire le pays.

Pour des raisons internes, ensuite. La mort du souverain Ferdinand Ier en 1927 a créé une situation d’instabilité institutionnelle favorisant le retour au pouvoir du prince Carol, monarque exilé dont le désir de réformes le fait passer pour une solution-miracle aux problèmes de l’heure. Le « coup d’Etat légal », se déroulant dans des circonstances invraisemblables mais vraies, sera à l’origine d’un terrible malentendu. Carol II recherche en effet à renforcer son autorité, mais sera de moins en moins capable de maîtriser les rapports de force politiques, trop soucieux qu’il est de répondre à la conjoncture, de pactiser avec le Diable au nom d’intérêts tactiques à court terme sans songer aux risques à long terme. C’est qu’il voudrait réaliser ce qui s’apparente de plus en plus à une utopie, celle de l’union nationale : une gageure, au siècle des communismes et des fascismes, pour un pays frontalier de l’U.R.S.S. et si proche de l’Allemagne nazie.

Dans ce climat d’angoisse, le nationalisme gagne des adeptes, ce d’autant que la répression politique vise prioritairement les communistes - l’Armée rouge n’étant pas loin... D’où une marche de la Roumanie vers l’extrême-droite que les circonstances renforcent année après année. Indécision royale, panne des institutions, marasme économique, insécurité collective, créent un cercle vicieux où le nationalisme et l’antisémitisme nourrissent une violence croissante, aggravant la démission de l’Etat. Désordres et assassinats politiques se multiplient, sur fond de naissance de mouvements proto-fascistes, du moins radicalement conservateurs, tels que la Garde de Fer, laquelle conserve avec le régime des rapports ambigus, entre l’hostilité pure et les rapprochements de circonstance.

Dans ce désastre, la responsabilité de l’allié français n’est pas moins écrasante, tant la diplomatie du Quai d’Orsay paraît renoncer à ses prétentions balkaniques. La Roumanie tentera d’abord de mener une politique de concertation avec ses voisins, de manière à s’assurer une certaine marge de manœuvre dans le concert des nations. Puis elle devra faire face à la réalité de l’expansion allemande, commerciale d’abord, politique ensuite. L’année quarante, qui scellera le démembrement du pays entre Soviétiques, Hongrois et Bulgares, achève l’évolution : Carol II cède le pouvoir au militaire germanophile Antonescu et repart en exil. La Roumanie suivra les destinées de l’Axe.

Cette décennie du malheur, Matthieu Boisdron nous la dépeint dans un style volontairement dépouillé de tout effet de style. Les faits, parfaitement structurés dans un ensemble cohérent, parlent d’eux-mêmes. Les difficultés économiques, les combinaisons politiques, les scrutins électoraux, n’échappent pas à la sagacité de ce jeune historien. Tout au plus pourra-t-on lui reprocher une insuffisante analyse des réalités sociales, mais il est vrai qu’il s’agit là de sa part d’une première étude de fond, ou si l’on préfère d’une synthèse explicative, en attendant d’autres développements. Il reste que le portrait s’avère aussi compréhensible et complet que possible. Il est heureux de pouvoir lire enfin la chronique d’une vaste faillite politique si lourde de conséquences pour l’avenir des Balkans, et si révélatrice de dérives plus récentes, et sur d’autres continents.

Nicolas Bernard

- Ouvrage disponible à la vente sur le site des éditions Anovi : www.anovi.fr.

Titre : La Roumanie des années trente
Auteur : Matthieu Boisdron
Editeur : Editions Anovi
Nombre de pages : 224
Format : 160 x 230 mm
Publication : février 2007
Prix : 16 €
ISBN : 978-2-914818-04-9

Histobiblio.com - la bibliothèque de l'Histoire est un site proposé par l'association Historialis

Responsables légaux : Matthieu Boisdron, Renaud Meunier, Nicolas Pavillon

Suivre la vie du site RSS | Plan du site | Refonte par h3w.fr - services internet de proximité à prix libre