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La dernière Révolution de Mao

Histoire de la Révolution culturelle 1966-1976

Roderick Macfarquhar & Michael Schoenhals

Qu’est-ce que la « Révolution culturelle » chinoise ? Un vaste mouvement spontané des masses populaires chinoises rappelant à l’ordre la nouvelle caste dominante intronisée par la Révolution de 1949 ? Une entreprise dirigée par Mao pour éliminer ses rivaux politiques ? Dans cette dernière hypothèse, a-t-elle atteint ses objectifs ? Aurait-elle plutôt dégénéré en véritable guerre civile ? Et quel est son bilan, en termes humains, politiques, sociaux, mémoriels ? Deux spécialistes universitaires des questions asiatiques, Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals, se sont attaqués au décryptage de cette terrible page de l’histoire chinoise, si nourrie de clichés et d’idées reçues en Occident.

Incroyablement fouillé, l’ouvrage se lit comme un véritable thriller de politique-fiction, outre de constituer une analyse des plus stimulantes de l’événement. Dans l’ensemble, les auteurs insistent sur le rôle décisif de Mao, rendu mécontent par l’échec calamiteux – et sanglant – du « Grand Bond en Avant », qui devait permettre à la Chine de se hisser au niveau des grandes puissances économiques de la planète. Les inquiétudes du « Grand Timonier », dans la première moitié des années soixante, sont en effet de deux ordres, idéologique et pragmatique. Sur le premier point, Mao redoute que la suprématie même du Parti communiste ne soit à l’origine d’un ralentissement, voire d’un enterrement, de la Révolution rouge, dans la mesure où l’installation de ses cadres au pouvoir faciliterait leur embourgeoisement. Sur le second volet, concomitant au premier, le leader chinois s’inquiète également de la déstalinisation soviétique, ainsi que de la chute de Khrouchtchev, qui ouvrent la possibilité que le régime communiste chinois fasse subir le même sort à son propre chef.

Dès lors, avec un art consommé de la manipulation, Mao se lance, dès 1965, dans une stratégie de déstabilisation du Parti communiste. Tout en se tenant en retrait, de manière à laisser ses rivaux se dépêtrer en première ligne (et prendre des décisions qui leur vaudront ultérieurement d’être cloués au pilori), il mobilise plusieurs couches de la population, en particulier la jeunesse, pour les regrouper en « Gardes rouges » et les lancer à l’assaut des institutions du régime, avec l’appui de l’armée (fort opportunément épargnée par cette offensive prétendument populaire…). De fait, le Parti est épuré, pour n’en conserver que ses tendances radicales, tandis que les militaires, sous Lin Biao, gagnent une influence considérable dans la direction du pouvoir.

Mais le résultat se révèle finalement désastreux. La production industrielle subit un net recul, du fait des désordres. La diplomatie chinoise, écartelée entre plusieurs factions, devient des plus erratiques. Le maintien de l’ordre est si compromis que de véritables affrontements armés opposent les différents clans. Mao lui-même doit constamment jongler entre ces derniers, cherchant à diviser et affaiblir les uns et les autres, ce qui explique ces surprenants « allers retours » des favoris dont l’identité évolue au gré des préoccupations de l’autocrate, lequel, en dernier ressort, et de manière finalement prévisible, rappellera au pouvoir Deng Xiaoping, précédemment brisé, insulté, et presque exilé, pour « déviationnisme »… avant de s’en débarrasser de nouveau peu avant de trépasser. Mao avait, en toute hypothèse, perçu que Deng, à l’inverse des radicaux tels que sa femme Jiang Qing, ou son successeur désigné Wang Hongwen, avait l’étoffe d’un chef d’Etat. Trop bien placé malgré ses deux disgrâces, Deng parviendra à se retrouver à la tête du régime pour mener une politique davantage adaptée aux réalités, sans renier la pratique autoritaire.

Les auteurs étendent ainsi leur étude aux dix dernières années de vie de Mao, de 1966, année où démarre en fanfare la « Révolution culturelle », à 1976, date du décès de son initiateur. Tout en soulignant le caractère profondément nationaliste de la politique maoïste, en ce qu’il s’est agi d’apporter une solution « chinoise » aux risques d’échec révolutionnaire qu’a révélée la gestion soviétique du pouvoir, l’étude de Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals aurait sans doute gagné à ramener la Révolution culturelle dans le cours, infiniment plus long, de l’histoire chinoise, pour essayer d’en déterminer la spécificité et les facteurs de continuité. Il n’en demeure pas moins un outil de première main, précis et documenté, de l’un des plus importants, et méconnus, cataclysmes politiques du XXème siècle.

Nicolas Bernard

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Titre : La dernière Révolution de Mao. Histoire de la Révolution culturelle 1966-1976
Auteur : Roderick Macfarquhar & Michael Schoenhals
Editeur : Gallimard
Collection : N.R.F. Essais
Nombre de pages : 808
Publication : septembre 2009
Prix : 35 €
ISBN : 978-2070785797

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