Soit un pays si pauvre qu’il ne peut même plus payer ses dettes. Ajoutez une grande puissance soucieuse de pérenniser son statut en faisant main basse sur ce pays au nom d’impératifs aussi contradictoires que l’impérialisme pur et simple, la soif de profits et des intentions civilisatrices. Ce sans oublier d’autres puissances ambivalentes devant une telle politique, laquelle aboutit à une intervention militaire qui, après plusieurs succès initiaux, ne parvient pas à réduire une guérilla désunie mais suffisamment puissante pour décourager l’agresseur et le conduire à plier bagages.
L’actuelle crise irakienne ? Non : la guerre du Mexique des années 1860. Ce conflit méconnu, aux lourdes implications géopolitiques puisqu’il confronte les Etats-Unis et l’Europe et sanctionnera la suprématie des premiers sur le continent américain, attendait depuis longtemps d’être remis au gout du jour. Ce dont s’acquitte avec brio Alain Gouttman, spécialiste notoire de l’histoire militaire du Second Empire et déjà auteur d’un excellent opus consacrés à la Guerre de Crimée.
Les origines de la guerre sont exposées avec une minutie qui permet de s’assurer des responsabilités de chacun, de Napoléon III et sa sincérité civilisatrice aux intrigants français et mexicains qui s’agitent autour de lui pour s’emparer d’un territoire légendaire... et considérablement surestimé. La faiblesse politique du Mexique, qui, après plusieurs décennies d’indépendance, a traversé moult crises institutionnelles, a surtout contribué à sa faillite économique, mettant en danger les créances étrangères. De son côté, l’Espagne nourrit d’autres ambitions, plus revanchardes, afin de revenir en force sur son ancienne colonie. Quant à l’Angleterre, elle recherche d’autres marchés pour son économie en expansion. L’occasion parait favorable à une intervention, dans la mesure où les Etats-Unis ont sombré dans la guerre civile.
Cette coalition d’intérêts divergents ne résiste pas aux réalités locales, de sorte que la France se retrouve vite seule à gérer un pays qu’elle ne contrôle que très imparfaitement. Le nouveau monarque de Mexico, l’Autrichien Maximilien, continue de lorgner vers le trône impérial d’Autriche-Hongrie, et fait preuve d’une réelle incompétence dans la gouvernance de son royaume. Plein de bonnes volontés et de nobles idéaux, il ne parvient pas à hiérarchiser les mesures urgentes et se lance dans une politique ambitieuse de rénovation totale... et parfaitement illusoire. Et ce tandis que les Français se couvrent de gloire, comme à Camerone, ou - le plus souvent - se livrent à une très ingrate guerre contre-insurrectionnelle, dans laquelle leur supériorité tactique fait la différence mais où les massacres ne se font pas rares. Le général Bazaine, de sinistre mémoire puisqu’il livrera la forteresse de Metz à l’armée allemande en 1870, fait cependant preuve au Mexique de grands talents d’administrateur et de maintien de l’ordre.
Malgré Bazaine et ses hommes, le Mexique sera finalement évacué, et Maximilien abandonné à son sort - puis fusillé par les Républicains mexicains. L’opinion comprenait mal cette guerre lointaine, et s’il ne faut en exagérer ni l’impact financier (chaque emprunt d’Etat sera souscrit), ni les conséquences militaires (les pertes militaires françaises seront réduites), il ne faut pas pour autant négliger son instrumentalisation par l’opposition parlementaire, outre qu’elle refroidira quelque peu les relations franco-autrichiennes.
En d’autres termes, cette synthèse édifiante constitue une remarquable source d’informations sur cet épisode méconnu du Second Empire et de l’Histoire du continent américain, outre de livrer une précieuse grille de lecture pour les événements actuels.
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