« La Russie est un rébus enveloppé de mystère, le tout à l’intérieur d’une énigme », fit valoir Winston Churchill en 1939. Le mot conserve encore, pour la politique étrangère soviétique précédant l’opération Barbarossa, toute sa pertinence. Le sujet, en effet, reste controversé, d’aucuns allant même jusqu’à dire que l’objectif de Staline était de susciter une guerre entre l’Allemagne et les puissances occidentales, tout en s’en tenant à l’écart, pour mieux en profiter le moment venu. En fait, il apparaît surtout que le dictateur du Kremlin recherchait avant tout la sécurité de son propre pays, quitte à… agrandir ses frontières, et il n’est pas prouvé – ni même démontrable – qu’il a planifié une invasion de l’Europe.
Boguslaw Woloszanski, historien polonais déjà chroniqué sur ce site, s’est intéressé à cette controverse, et tend à admettre que Staline a cherché à attiser le feu entre les Occidentaux et l’Allemagne, en particulier au cours de la crise des Sudètes de 1938, alors qu’il savait que sa propre armée n’était pas en mesure de venir en aide aux infortunés Tchèques. Le Vojd a surtout mené un double-jeu constant, aussi bien avec la Grande-Bretagne et la France qu’avec l’Allemagne, lesquelles puissances le lui rendaient bien : les premiers, en effet, se méfiaient de Moscou, et certains courants n’étaient pas opposés à voir se disputer les nazis et les communistes, tandis que Hitler, lui, ne souhaitait vaincre les Occidentaux que pour mieux s’attaquer à l’U.R.S.S. au nom de sa doctrine de l’espace vital. Bref, de 1938 à 1941, nous assistons à un chassé croisé de mensonges officiels et de secrets d’Etat trahis. Malheureusement pour Staline, la victoire fulgurante de Hitler sur la France en 1940 va tout de même bouleverser la donne géopolitique, ce qui poussera le tyran géorgien à adopter une ligne politique erratique, oscillant entre fermeté et espoir d’un accord de dernière minute avec le Reich, sachant qu’il sait que l’Armée rouge, victime des purges des années trente, n’est nullement prête à un conflit de grande envergure.
La thèse de M. Woloszanski n’est pas inintéressante, mais aurait gagné à être mieux démontrée. Le cheminement de Staline, au cours de l’été 1939, vers le pacte de non-agression avec l’Allemagne, peut, tel qu’il nous est présenté par cet auteur, être discuté (il semble que la décision stalinienne de conclure un tel accord ait été encore plus tardive). L’exposé n’en reste pas moins passionnant, et révèle notamment le rôle joué par les services d’espionnage soviétiques dans les calculs du dictateur communiste, soit qu’il les croie, soit au contraire qu’il les accuse d’être intoxiqués par les Allemands…
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