Pendant plus de cinq siècles, l’Empire Ottoman a régné en maître sur la Méditerranée orientale et méridionale. Conquérant, mais entouré d’ennemis, il lui a fallu faire montre d’une diplomatie habile... tout en s’assurant une solide armée. De fait, ce géant pluriséculaire (aux « pieds d’argile » ?) est resté, avant toute chose, un empire résolument maritime. Paradoxalement, sa marine s’est toujours heurtée à de graves difficultés. Car quoique puissante et relativement choyée par le pouvoir, elle n’a jamais pu réellement faire la différence et a dû de tous temps compter sur des adversaires farouches et déterminés.
Relevant le caractère suranné de la traditionnelle « histoire-bataille » dans un contexte historiographique contemporain encore marqué par les leçons de l’Ecole des Annales, Daniel Panzac n’en note pas moins que l’histoire militaire est heureusement sortie, depuis quelques temps, « du mépris dans lequel elle était reléguée ». De nouvelles approches et de nouvelles questions ont, il est vrai, permis de profondément la renouveler. Il est indéniable que l’étude de cette institution majeure éclaire sans aucun doute possible la politique générale de l’Empire ainsi que les implications internationales auxquelles il a été mêlé.
Des lendemains de la bataille de Lépante, humiliante défaite navale qui voit la complète annihilation de la marine ottomane, à la chute de l’Empire au lendemain de la première guerre mondiale, ce sont trois siècles et demi de l’histoire de la flotte qui sont ici analysés avec beaucoup de justesse. La progressive dépendance de la marine - et de l’Empire dans son ensemble - aux puissances occidentales est admirablement mise en lumière grâce à la mobilisation de sources multiples et pertinentes. Enfin, la clarté et la limpidité du style de l’auteur permettront, même au néophyte, de s’immerger sans difficulté dans ce livre érudit et résolument passionnant.
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