C’est d’un sujet vraiment original, tout à fait neuf, dont traite le présent livre. Si, par comparaison, l’URSS a radicalement refondé ses élites, le IIIeme Reich s’est appuyé sur l’ancienne classe dirigeante, issue des milieux aristocratique et républicain, pour d’abord accéder au pouvoir et ensuite gouverner avec sa complicité. C’est donc sur un des piliers du régime nazi que s’est penché l’auteur, Fabrice d’Alemeida, actuel directeur de l’Institut d’Histoire du Temps Présent (IHTP) et spécialiste de l’Histoire de l’Italie contemporaine. S’intéressant à tous les aspects de « la vie mondaine sous le nazisme », le travail accompli par l’auteur est objectivement remarquable. Les récentes polémiques historiographiques dues au renouveau de l’histoire sociale du IIIème Reich ont ouvert la voie à la publication d’un tel ouvrage. Ainsi, cette étude « s’inscrit dans ces perspectives de renouvellement de l’analyse du politique à partir des questions primordiales pour l’étude des organisations humaines : [notamment] le pouvoir ».
Après s’être interrogé sur le concept de mondanité et sur son inscription dans la société allemande des années trente, Fabrice d’Almeida remet en perspective cette « esthétique particulière » à la lumière de l’acquis historique du pays et des évolutions politiques et sociales imposées par le IIIème Reich. Il souligne à cette occasion la courtisanerie dont font preuve les premiers cercles de pouvoir berlinois. Faisant avec nuance la part des éléments de nouveautés de ceux qui apparaissent comme plus traditionnels, Fabrice d’Almeida éclaire le lecteur sur la haute valeur politique de cette forme de sociabilité particulière en insistant par exemple sur la destruction de la haute société juive, sur les fastes de la diplomatie ou encore sur la spécificité de l’ « élégance », du « goût » nazi ; en somme sur les orientations culturelles hitlériennes.
Les élites contribueront à la stabilité du régime - comme par le passé - mais elles seront en fin de compte elles aussi largement nazifiées, que ce soit par opportunisme ou par adhésion sincère. La haute société allemande concourra ainsi à rendre fréquentable le régime, ses chefs et parfois ses idées avec comme objectif le maintien de ses privilèges et de ses acquis.
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