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Le Gaullisme pour les Nuls

Chantal Morelle

Qui était Charles De Gaulle ? Qu’est-ce que le « gaullisme » ? En quoi consiste donc cet « appel du 18 juin » que l’Etat s’apprête à commémorer ? Quel a été le legs de cet homme dont le destin s’était si lié à la France que son successeur, Georges Pompidou, s’exclamera, à l’annonce de sa mort : « La France est veuve » ? Quels sont ses successeurs ? Questions plus complexes qu’il n’y paraît, dans la mesure où elles intéressent encore l’actualité politique, et en particulier la nouvelle génération au pouvoir. Autant dire que la publication d’un ouvrage consacré, non pas seulement à De Gaulle, mais au « gaullisme » dans son ensemble, dans la collection « Pour les Nuls », s’avère une excellente initiative.

Chantal Morelle, Professeur agrégé d’Histoire, et chargée du service des Etudes et Recherches de la Fondation Charles-de-Gaulle de 1991 à 1998, nous retrace d’abord la vie du « gaulliste originel », le Général lui-même, jeune homme aux idées bien arrêtées, militaire brillant et ambitieux, inventif et visionnaire, ayant l’un des premiers compris l’essence de la guerre moderne impliquant l’emploi des blindés endivisionnés. Avant 1940, De Gaulle est indéniablement républicain, mais estime également que le régime ne peut se passer des grands hommes – lesquels ne sont pas des dictateurs, mais des décideurs. L’historienne française décrit ensuite le développement de la France libre, du magistral refus gaullien de l’armistice à la Libération, un long chemin semé d’embûches (et par seulement par les forces de l’Axe ou le régime de Vichy !) et au cours duquel le « Général » doit faire la preuve de son attachement aux valeurs démocratiques. La France libérée, De Gaulle lance le chantier des réformes, économiques et institutionnelles, mais, hostile au « système des partis », quitte le pouvoir en 1946… pour retomber aussitôt dans la vie politique, en fondant le parti de masse R.P.F., Rassemblement du Peuple français. Ce mouvement, après avoir remporté plusieurs succès électoraux, se délite, toutefois, et il faut attendre la crise algérienne pour voir le Général reprendre le pouvoir en 1958… et tout tenter pour faire de la France une puissance mondiale à la pointe de la modernité. Bref, cet homme ne s’arrête pas, mais le fossé se creuse avec l’opinion, jusqu’à Mai 68, et sa démission en 1969. Cette partie du livre de Mme Morelle traduit une réelle objectivité dans l’appréciation du bilan laissé par le « Connétable », sans dissimuler ses échecs – l’analyse de sa politique algérienne est, d’ailleurs, l’un des meilleurs passages de ce travail.

L’intérêt de l’ouvrage vient aussi de la suite. En 1970, qu’en est-il alors du « gaullisme » ? A-t-il survécu à De Gaulle, quoique beaucoup le nient ? Le fondateur de la Vème République était, sur le plan international, farouche partisan de l’indépendance nationale, capable de pragmatisme tant qu’il ne s’agit pas de porter atteinte à la souveraineté française, d’où des relations diplomatiques ambivalentes avec les Etats-Unis ou l’O.N.U. Sur le plan intérieur, De Gaulle était un réformiste, assoiffé de modernité, soucieux de poser les bases d’un régime stable mais démocratique, attaché à la « justice sociale ». Cette idéologie qui transcende les clivages gauche-droite s’est adaptée aux réalités des décennies ultérieures. Pompidou, le successeur direct du Général, a eu la délicate obligation de se distancer de l’image déclinante du gaullisme des dernières années tout en assumant l’héritage. Giscard, pour sa part, a davantage recherché un assouplissement formel qu’une réforme en profondeur, tout en se rapprochant de l’Europe. Dans le même temps, le « chiraquisme » a connu, sur les trente dernières années du siècle, de profondes mutations, davantage à droite sur le terrain économique et social que le gaullisme originel, avant d’obliquer vers le populisme. L’ère Mitterrand, pour sa part, s’est davantage posée en continuité qu’en rupture.

Passage obligé de la collection, ce livre s’achève par la « partie des dix » : dix symboles du gaullisme (la maison natale de De Gaulle, Colombey, Carlton-Gardens, la Croix de Lorraine, etc.), dix personnalités gaullistes (Jacques Baumel, Jacques Chaban-Delmas, Michel Debré, Jacques Foccart, André Malraux, Georges Pompidou, Philippe Séguin, etc.), dix grands discours (de l’Appel du 18 juin au discours de Dominique De Villepin à l’O.N.U. le 14 février 2003), dix innovations du gaullisme (l’E.N.A., le C.E.A., la Constitution de 1958, le Franc lourd, la « dissuasion », les relations Est-Ouest, la « Françafrique », etc.).

Bref, non seulement le lecteur en apprendra, et beaucoup, sur De Gaulle, mais il pourra également appréhender sa symbolique, sa place dans l’Histoire de France, et l’impact de ses idées sur la vie politique française jusqu’à nos jours. De quoi démêler l’écheveau idéologique qui suivra son décès, entre pompidolisme, giscardisme, chiraquisme, mittérandisme et sarkozysme…

Nicolas Bernard

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Titre : Le Gaullisme pour les Nuls
Auteur : Chantal Morelle
Editeur : First
Nombre de pages : 335
Publication : mai 2010
Prix : 22,90 €
ISBN : 978-2754008211

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