| www.histobiblio.com souhaite la bienvenue à tous nos visiteurs. | Suivre la vie du site  RSS

Le Mur de Berlin

1961-1989

Frederick Taylor

Parmi le grand nombre d’ouvrages parus dans le cadre des commémorations du 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin, le livre de Frederick Taylor, publié en français par les éditions Jean-Claude Lattès, se révèle sans doute l’un des plus pertinents. Il est vrai que l’historien britannique n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà eu l’occasion de publier une remarquable étude du bombardement - si controversé - de Dresde par les Alliés occidentaux en février 1945, et qui réfutait un certain nombre de légendes diffusées par des écrivaillons néo-nazis, tel le négationniste David Irving. Son nouveau livre, consacré à l’histoire de la division Est-Ouest symbolisée par le sort de Berlin sous la Guerre Froide, se révèle conforme aux qualités du précédent : qualité et étendue de la recherche, nuance de l’analyse, lisibilité de l’exposé.

M. Taylor commence par retracer les origines historiques de Berlin, avant de passer rapidement à l’objet de son étude, à savoir la scission de cette capitale d’un pays vaincu en deux blocs antagonistes. En fait, l’historien décrit par le menu la totalité de la période courant de 1945 à 1989, des premières manœuvres soviétiques tendant à s’assurer le contrôle de la ville au trépas de l’Allemagne de l’Est en 1990, et au poids de ce demi-siècle sur l’Allemagne réunifiée. M. Taylor consacre d’ailleurs une partie non négligeable de son ouvrage à la description de la crise berlinoise de 1961-1963 ayant abouti à l’édification du Mur en 1961, relatant le processus décisionnel ayant conduit l’Allemagne de l’Est à prendre cette décision capitale, l’Union soviétique à l’appuyer, les Etats-Unis à hésiter et les alliés de ces derniers à suivre cet élan, au grand dam des Allemands de l’Ouest.

L’intérêt essentiel de ce travail est d’éviter de sombrer dans tout manichéisme, à la différence d’autres livres consacrés au même sujet et parus dans le sillage des commémorations précitées. Les relations entre l’U.R.S.S. et l’Allemagne de l’Est, très évolutives selon les règnes de Staline, de Khrouchtchev, de Brejnev d’un côté, d’Ulbricht et d’Honecker de l’autre, nous sont restituées dans toute leur complexité. Grâce à M. Taylor, nous réalisons que l’Histoire aurait pu suivre un tout autre cours, dans la mesure où l’Est était, dès les années cinquante, traversé de contradictions internes qui auraient pu aboutir à des politiques de libéralisation, étouffées non sans mal par les tenants de la ligne dure. Khrouchtchev, en particulier, était un leader assoiffé de reconnaissance, soucieux, à la fois, de liquider une partie de l’héritage morbide du stalinisme sans pour autant abandonner les conquêtes chèrement acquises de la Russie soviétique, d’où une politique, s’agissant de Berlin, à la fois brouillonne et machiavélique, tenace et impulsive, ce dont a su profiter son homologue est-allemand Ulbricht pour conforter son propre pouvoir. Ce dernier n’avait du la survie de son régime, à la suite des insurrections ouvrières de 1953, qu’à l’intervention sanglante de l’Armée rouge... De l’autre côté du Rideau de Fer, le camp allié, et en particulier l’attitude de John Kennedy, de Konrad Adenauer, de Willy Brandt, de De Gaulle même, fait également l’objet d’analyses intéressantes, illustrant les contradictions de la diplomatie américaine et européenne, attachées à sauvegarder Berlin-Ouest, mais sans pour autant tout sacrifier pour cette ville.

La dernière partie du livre de M. Taylor s’étend donc sur un quart de siècle de vie du Mur, renforcé jour après jour, malgré les négociations Est-Ouest, malgré la Détente, et ce de manière à mettre en échec les nombreuses tentatives d’évasion d’Allemands de l’Est. Mais l’Allemagne communiste s’enfonce dans le marasme économique, puis la dépression - sur tous les plans. Elle doit emprunter massivement à son frère capitaliste pour combler son endémique déficit budgétaire. Ce n’est toutefois qu’à l’occasion de la prise du pouvoir de Gorbatchev que s’allume l’étincelle qui fera exploser le Bloc oriental. La chute du Mur, toutefois, comme le rappelle M. Taylor, découle également de la perte totale de contrôle des masses par le régime est-allemand, qui se saborde littéralement à l’automne 1989. C’est bien à une Révolution pacifique que l’on assiste alors, entre un pouvoir autoritaire qui lâche prise et une population exaspérée par la pauvreté et l’absence de liberté. Restera à assumer la réunification, et à dresser le bilan d’un demi-siècle de séparation, ce qui, sur fond d’« Ostalgie », donne lieu à une conclusion douce-amère quant aux déceptions nées de l’absorption de l’ex-R.D.A. par l’Allemagne de l’Ouest...

Nicolas Bernard

- Pas de vente par correspondance, ouvrage disponible sur Amazon.fr

Titre : Le Mur de Berlin 1961-1989
Auteur : Frederick Taylor
Editeur : Editions Jean-Claude Lattès
Nombre de pages : 624
Publication : octobre 2009
Prix : 25 €
ISBN : 978-2709627375

Histobiblio.com - la bibliothèque de l'Histoire est un site proposé par l'association Historialis

Responsables légaux : Matthieu Boisdron, Renaud Meunier, Nicolas Pavillon

Suivre la vie du site RSS | Plan du site | Refonte par h3w.fr - services internet de proximité à prix libre