Officier d’infanterie brillant, sorti en tête de St Cyr en 1897, Alphonse Georges est, en 1908, l’aide du camp du général Picquart, ministre de la Guerre du cabinet Clemenceau et personnage central du dénouement de l’affaire Dreyfus. Participant à la campagne du Maroc avec Lyautey, Georges est grièvement blessé dans les premiers combats de la Grande Guerre. Il fait ensuite un passage remarqué à l’Etat-major de l’Armée, auprès de Joffre. Prenant une part active au renversement du roi Georges Ier de Grèce en 1917, il devient, et jusqu’en 1921, l’un des principaux collaborateurs de Foch. Après un passage dans la Ruhr, il est nommé chef d’Etat-major de Pétain lors de la guerre du Rif en 1926, puis chef de cabinet du ministre de la Guerre André Maginot trois ans plus tard. Blessé lors de l’attentat de Marseille (octobre 1934) qui coûta notamment la vie au ministre des Affaires étrangères Louis Barthou et au roi Alexandre Ier de Yougoslavie, Georges est commandant en chef sur le front du nord-est lors de la "Drôle de Guerre". Ecarté par Vichy après la défaite, il rejoint en 1943 Giraud et le CFLN en Algérie. Retiré de la vie publique à la Libération, il meurt en 1951.
Autant le dire tout de suite, c’est un document historique simplement exceptionnel que nous offrent aujourd’hui les éditions Anovi avec ce beau livre. Tout d’abord, l’ouvrage de Max Schiavon constitue la première biographie disponible sur ce militaire méconnu qui reste pourtant incontournable pour qui souhaite se pencher plus avant sur la vie politique et militaire de la IIIe République finissante. De plus, le travail de l’auteur s’appuie sur un corpus de documents familiaux inédits et d’une richesse qu’il faut souligner. A ce titre, lettres personnelles, photographies (plus d’une centaine de clichés inédits, dont une de l’attentat de Marseille) et diverses autres pièces concernant la vie et la carrière du général sont reproduits dans ce volume. Ces derniers montrent, contrairement à ce qui avait longtemps été colporté sans preuve réelle, que le général Georges n’était pas, en 1940, cet homme affaibli par l’attentat de 1934. Sa lucidité et sa combativité étaient intactes. Il "sent" déjà le rôle que vont jouer les chars et l’aviation mais il irrite et agace, notamment Gamelin. Avec ce dernier, les relations sont difficiles ; lui qui a supplanté Georges, pressenti pour assumer cette fonction avant l’attentat de Marseille, dans la lutte d’influence pour la nomination au poste d’Inspecteur général des Armées, c’est-à-dire commandant en chef en temps de guerre. Plus tard, c’est au général De Gaulle qu’il se heurte, choisissant Giraud.
"Habité" par son sujet, Max Schiavon dresse finalement un portrait très positif du général Georges auquel il reconnaît de nombreux talents. A contrario, Gamelin n’est pas épargné. Il n’en reste pas moins que ces pages sont particulièrement convaincantes. Il faut espérer qu’elles connaissent le succès auquel elles ont droit. Entre histoire politique et militaire, cette biographie fera date et suscitera à n’en pas douter des débats passionnés tant elle contribue à nuancer l’idée généralement admise de la totale incurie du haut commandement lors de la campagne de mai/juin 1940.
Ouvrage disponible à la vente sur le site des éditions Anovi : www.anovi.fr.